Annadjib Ramadane

À N’Djaména, le blanchiment de la peau est devenu banal

À N’Djaména, capitale de la république du Tchad, le blanchiment de la peau est devenu une pratique banale, comme dans beaucoup d’autres villes du continent africain.

Le blanchiment de la peau, pratique sans cesse décriée pour ses conséquences néfastes sur la santé de ceux qui la pratiquent, est devenue en quelques années un véritable phénomène de société à N’Djaména. Les produits éclaircissants, ou « ambi » comme ils sont communément appelés ici, se vendent comme des petits pains.

Le phénomène touche quasiment toutes les couches de la société. Riches, pauvres, jeunes et vieux. Bien qu’il est devenu banal, le blanchiment de la peau est un sujet tabou avec différentes causes.

Plaire aux hommes

Lors de ma petite enquête sur le sujet, la réponse qui revient le plus souvent c’est que les N’Djaménoises se blanchissent la peau pour plaire aux hommes. Car il faut l’avouer, à N’Djaména, pour beaucoup, c’est la couleur de peau d’une femme qui fait sa beauté. Les femmes à la peau claire, dites Hamra, sont celles qui rencontrent le plus de succès auprès des hommes. Elles sont présumées avoir plus de chances de se marier, et certaines familles peuvent même par ricochet réclamer une dot considérable contre la main de leur fille.

Complexe d’infériorité

Certains évoquent le complexe d’infériorité comme cause du blanchiment de la peau. La clarté de la peau étant devenu un standard de beauté, les femmes avec une peau d’ébène, mal dans leur peau, vont tôt ou tard se l’éclaircir. Plus étonnant encore, il arrive que même des femmes naturellement « claires » utilisent des produits pour s’éclaircir la peau, ce qui revient à un concours silencieux de beauté où la gagnante sera celle qui, à long terme, aura la peau la plus blanche. Peu importe les risques qui vont avec.

Un sujet tabou

Le blanchiment de la peau est un sujet tabou à N’Djaména. Les jeunes filles se blanchissent la peau sous le regard parfois complice de leur entourage, on se partage des conseils sur quel type de crème utiliser, quelle injection prendre pour détruire de l’intérieur les pigments de la peau et avoir une peau digne d’une métisse ou d’une blanche, sans se préoccuper des dangers de la pratique. Car, selon les médecins, cela cause des boutons, cicatrices, vergetures, mauvaises odeurs (de brûlé) et même des cancers.

Les hommes, présumés cause principale du phénomène, font semblant et n’évoquent que très rarement le sujet. Sûrement pour éviter de se faire traiter de « tapette », car ici un homme qui s’intéresse à ce genre de sujet est très mal vu. Alors qu’il suffirait de discuter sérieusement sur le problème pour faire changer les choses. Car ce ne sont pas tous les hommes qui fantasment sur les femmes à peau claire.

Quant à moi, j’avoue avoir une grande attirance pour les femmes qui savent cuisiner…

Annadjib


Y a-t-il des influenceurs au Tchad ?

Il y a une question que je me pose depuis un moment. A-t-on des influenceurs au Tchad ?

L’influenceur ou web-influencer est un terme né sur les réseaux sociaux. Il désigne principalement quelqu’un de très actif sur les réseaux sociaux, suivi par des milliers de personnes et qui par son statut peut influencer leurs habitudes de consommation, leurs manières de penser. En bref, un leader d’opinion qui est parfois sollicité par des marques, entreprises, hôtels, ONG… pour leur faire de la publicité, lancer des campagnes numériques, etc. Ces influenceurs sont pour la plupart spécialisés dans un domaine particulier. C’est pour ça qu’on parle d’influenceur beauté, mode, sport, tech, voyage, politique, etc.

Alors le Tchad, pays qui, sur près de 15 millions d’habitants, a environ 800 000 internautes et près de 300 000 utilisateurs des réseaux sociaux, a-t-il des influenceurs web ?

Des leaders d’opinion, mais sans les marques qui vont avec

Il est certain qu’au Tchad, on a des personnes qu’on peut qualifier de leaders d’opinion sur les réseaux sociaux. Personnalités politiques, artistes, activistes, humoristes, vidéastes et blogueurs qui, à chaque publication, génèrent un nombre impressionnant de likes et d’interactions.

Mais d’un point de vue marketing, il n’y a quasiment pas, à ma connaissance, de leaders d’opinion ou d’influenceurs qui collaborent au Tchad avec des marques. D’ailleurs au Tchad, on n’a pas vraiment beaucoup de marques ; et les entreprises qui ont de véritables stratégies numériques se comptent sur le bout des doigts.

L’économie numérique est quasiment au point mort et cela explique pourquoi la plupart des entreprises basées au Tchad préfèrent les bonnes vieilles méthodes commerciales qui se résument aux panneaux publicitaires, spots télévisés et communiqués radios.

De la difficulté d’influencer un internaute tchadien

L’internaute tchadien est particulier. Il peut liker, commenter et partager une publication, mais quand il s’agit d’un appel à l’action (participer à une campagne numérique, utiliser tel hashtag pour faire passer tel message, participer à une collecte de fonds, assister à un atelier ou une conférence) de la part de ces influenceurs, on remarque qu’il n’y a vraiment plus personne. Car il faut l’avouer, la plupart des internautes tchadiens sont d’abord influencés par des critères comme la religion, l’ethnicité, le sexe et l’appartenance politique.

Tout ça pour dire qu’au Tchad, au lieu de parler d’influenceurs, on pourrait tout simplement parler de « personnes connues sur internet ».

Annadjib


Y a-t-il une culture numérique au Tchad ?

Ces derniers temps, beaucoup parlent de culture numérique au Tchad. Parfois positivement, pour dire que des compétitions, des formations et des conférences sont mises en place pour la promouvoir, parfois négativement, pour dire qu’elle est faible, ou qu’elle n’existe carrément pas au Tchad.

Alors, qu’est-ce qu’on entend par culture numérique ?

Selon Wikipedia :

La culture numérique est une expression qui fait référence aux changements culturels produits par les développements et la diffusion des technologies numériques et en particulier d’Internet et du web.

Tout ça pour dire que la culture numérique renvoie aux connaissances et aptitudes en matière de technologies digitales et, aussi, au fait d’en saisir tous les enjeux.

Sachant que la culture numérique implique l’appropriation des outils numériques et le changement de notre perception du monde via la compréhension de leurs enjeux, peut-on vraiment parler de culture numérique au Tchad ?

Une appropriation encore faible des outils numériques au Tchad

On parle ici de l’utilisation des outils numériques et de la maîtrise des aptitudes techniques qui vont avec, comme le codage, la programmation, la maintenance…

Or, pour rappel, selon le rapport sur le digital en Afrique de 2018, sur près de 15 millions d’habitants au Tchad, seul 5% utilisent Internet.

Sachant que, par définition, la culture est ce qui est partagé par une pluralité de personnes, et que la culture numérique est étroitement liée à internet, on peut, au regard de ces chiffres, affirmer qu’au Tchad, la culture numérique est d’abord celle du petit nombre.

  • De l’utilisation des outils numériques au Tchad

Pour revenir à l’utilisation des outils numériques, il faut rappeler qu’au Tchad, 89% des connexions Internet se font via mobile. L’outil numérique le plus utilisé au Tchad, c’est le smartphone. Quant à l’usage des réseaux sociaux, on a près de 300.000 utilisateurs, soit à peu près la moitié du nombre des internautes tchadiens. Et vu que la grande partie des internautes tchadiens confondent internet et réseaux sociaux, on est en droit de se demander si au Tchad, tout ce qui est « culture numérique » ne se résume pas, en réalité, aux réseaux sociaux.

Quant à l’ordinateur, il ne sert qu’à regarder des films, écouter de la musique, jouer et utiliser des applications basiques comme Microsoft Word et Excel.

  • De la maîtrise des aptitudes techniques liés aux outils numériques au Tchad

Au Tchad, toutes les disciplines qui sont liées de près ou de loin aux outils numériques ne sont transmises qu’à l’université. Et même là, les cours laissent à désirer puisqu’on continue de dispenser des enseignements devenus caduques. La pertinence d’un cours sur le langage Turbo Pascal* serait difficile à démontrer aujourd’hui.

Alors que, normalement, pour inculquer et promouvoir la culture numérique il faudrait commencer à en parler dès l’école primaire. Ce qui sera très difficile sans une politique précise du gouvernement à ce sujet.

En attendant, les tchadiens qui se lancent dans le numérique sont pour la plupart des autodidactes et les différentes formations payantes ou gratuites organisées ici et là ne sont guère suffisantes pour changer la donne.

Une compréhension encore faible des enjeux de la culture numérique au Tchad

Les enjeux de la culture numérique sont encore mal appréhendés au Tchad. Ailleurs, le numérique change complètement la façon d’apprendre, de penser, de communiquer, de se soigner, de faire des achats… Au Tchad, on préfère couper internet dès qu’il y a contestation car les enjeux politiques du numérique sont certainement ceux que l’on comprend le mieux ici.

En attendant, si vous résidez à N’Djaména et êtes intéressés par la question du numérique au Tchad, j’ai appris que dans le cadre du Novembre Numérique, on organise durant tout le mois de novembre différents ateliers et conférences sur le sujet.

Même si, dans notre contexte, organiser des conférences sur la BlockChain et le Bitcoin, c’est comme mettre la charrue avant les bœufs – beaucoup ne savent même pas ce qu’est un hashtag – il faut quand même y aller, car avant tout, on parle de culture numérique.

Annadjib

*Un certain type de language de programmation.


Au Tchad, de nouveaux forfaits internet qui ne changent pas grand chose

Vendredi 5 octobre 2018, Airtel, second opérateur téléphonique du Tchad, a lancé officiellement sa 4G. C’est à cet effet qu’affiches et banderoles arborant les nouveaux forfaits sont visibles un peu partout dans la ville de N’Djaména.

Le giga de connexion internet qui coûtait avant 12.000 FCFA passe à 1.500 FCFA (environ 2,3 euros), soit 8 fois moins cher qu’avant. La <<pluie de MB>> comme annoncée sur les tracts est arrivée.

Les nouveaux forfaits d’Airtel.

Les internautes tchadiens ont donc exulté et loué l’opérateur qui a enfin pris en compte leurs multiples plaintes et a fait un geste énorme dans la réduction des coûts de la connexion internet au Tchad.

Mais le hic dans cette histoire, c’est que le prix du giga a certes baissé mais les internautes tchadiens ne sont pas pour autant soulagés, car les prix des autres forfaits << abordables >> restent inchangés. Pour avoir 10 MB de connexion, il faut toujours payer 250 FCFA.

Alors, cette pluie de MB est-elle vraiment salvatrice, ou bien c’est encore une arnaque qui ne dit pas son nom ?

Des forfaits non adaptés aux internautes

Casser le prix du forfait c’est bien, mais mettre en place des forfaits adaptés et accessibles à tous les internautes c’est mieux.

Les nouveaux forfaits d’Airtel sont certes moins chers, mais pas du tout pratiques. Le délai de validité du forfait 1 giga passe d’un mois à une seule journée. Si on veut un forfait qui dure plus longtemps, il va falloir débourser 6.000 FCFA pour 4 gigas valables une semaine ou 20.000 FCFA pour 14 gigas valables 1 mois.

Les internautes sans pouvoir d’achat ne peuvent donc se permettre de dépenser jusqu’à 1.500 FCFA pour un simple giga de connexion valable une journée. Même dans l’urgence, même si on cotise, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

La majorité des internautes va continuer à utiliser les anciens forfaits, ce qui n’est pas le cas de ceux qui utilisent internet à des fins professionnelles.

Des forfaits pratiques entrepreneurs du numérique

S’il y a un point sur lequel beaucoup sont d’accord, c’est que les nouveaux forfaits sont pratiques pour ceux qui n’utilisent pas internet comme un simple loisir.

Les médias en ligne, les entrepreneurs du numérique, les étudiants en ligne et autres voient dans le forfait 14 gigas à 20.000 FCFA valable 1 mois une aubaine. C’est plus pratique que l’ancien où on avait à peine 1,5 giga de connexion pour le même prix.

Quoi qu’il en soit, ces nouveaux forfaits ont le mérite de faire avancer les choses. On espère que l’autre opérateur téléphonique va riposter et proposer des forfaits plus abordables pour les internautes.

Annadjib


Au Tchad, internet est toujours une menace

On ne le dira jamais assez, au Tchad la connexion Internet est l’une des plus chères du continent africain. Un pays où le taux de pénétration d’Internet est de 5 %, soit le plus bas de tout le continent, avec environ 250.000 utilisateurs des réseaux sociaux seulement, pour une population de plus de 15 millions d’habitants. Malgré ces chiffres ridicules, alarmants, voire tristes, les autorités tchadiennes n’ont pas hésité à restreindre l’accès à Internet depuis bientôt 7 mois, et ce sans aucune explication. Pour eux internet est comme une menace.

Dénonciations et plaintes

Comme lors de chaque censure internet, les dénonciations n’ont pas manqué. Les articles, interviews télé, interventions à la radio, conférences de presse de la société civile, hashtags et révélations sur l’étendue de la censure se sont multipliés… Mais les autorités tchadiennes ont continué de faire la sourde oreille. Jusqu’en septembre, où les deux principaux opérateurs mobiles se sont présentés devant le juge, suite à une plainte déposée par des avocats tchadiens.

Lors de la 1ère audience, les avocats des opérateurs ont expliqué qu’ils étaient soumis à l’État. Ils ont signé un cahier des charges qui stipule qu’ils doivent « coopérer avec les hautes autorités et au besoin restreindre le réseau ».

Suite à cette déclaration, l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes du Tchad a été convoquée pour s’expliquer sur la censure. Puis, le jeudi 4 octobre 2018, le président du tribunal de grande instance de N’Djamena a rejeté la demande des avocats car il estime que la requête est recevable dans la forme mais mal fondée. Les avocats, déçus de la décision, ont prévu de faire appel. Mais pour les internautes tchadiens, il n’ y a pas grand espoir. Le Tchad n’est pas un pays comme le Bénin, où la mobilisation des internautes peut faire reculer les autorités. Ici internet est, et restera toujours, une menace.

Méfiance des autorités vis à vis d’internet

Les autorités tchadiennes ont toujours vu internet d’un mauvais œil. Les réseaux sociaux sont devenus le lieu de refuge de différents médias, d’activistes et d’organisations de la société civile qui utilisent ces nouveaux canaux pour diffuser des informations sans filtre, pour mobiliser ou faire des appels à manifestations. Et ça, les autorités le digèrent mal. Il faut rappeler que, selon le classement d’Internet Sans Frontière sur la liberté de presse en 2018, le Tchad est en zone rouge et occupe la 123ème position.

Carte Liberte Presse

Crédit image : RSF

C’est dans ce contexte qu’entre 2016 et 2018, il y a eu près de 4 censures de la connexion internet avec des délais allant jusqu’à 235 jours. La coupure étant devenue le seul moyen de museler tout ce beau monde. Et même si l’accès internet est désormais un droit fondamental, les autorités tchadiennes continueront sur leur lancée tant qu’ils ne comprendront pas qu’internet est une opportunité pour tout le monde. Et surtout pour eux, car la plupart des fausses informations qui circulent sur la toile sont causées par leur manque de communication sur internet.

Annadjib


C’est quoi, être un blogueur au Tchad ?

Etre un blogueur au Tchad, c’est avoir constamment envie de raconter ce magnifique pays au monde entier. Ce pays qui est plus connu politiquement que culturellement. Ce pays dont la couverture médiatique par la presse internationale se résume parfois aux manifestations de la société civile, aux attaques rebelles, à la famine… en bref, toutes ses informations qui prouvent que c’est bel et bien un « Pays de merde ».

Etre un blogueur au Tchad, c’est parfois raconter des choses qui paraissent banales comme un étal de pastèques, mais qui arrachent toujours un sourire aux enfants du pays.

Etre un blogueur au Tchad, c’est avoir envie de raconter la vie des gens qui vivent dans cet immense pays d’1 284 000 km2. C’est raconter les doutes et les atermoiements de ce jeune paumé, incapable de faire des choix pourtant cruciaux pour son avenir, mais qui n’hésite pas une seconde quand il s’agit de défendre l’honneur de son pays et de sa famille. Etre un blogueur au Tchad, c’est raconter le quotidien de cette jeune fille, « tombée enceinte par erreur » qui, malgré les moqueries et les préjugés, garde la tête haute et enlace fièrement et tendrement son enfant.

Etre un blogueur au Tchad, c’est participer à une course de fond. Un combat quotidien qui nécessite parfois beaucoup d’efforts, beaucoup de sacrifices et une endurance à toute épreuve.

Etre un blogueur au Tchad, c’est être prêt à alimenter son blog via son téléphone, être prêt à économiser assez pour s’assurer une connexion internet. C’est ne pas reporter la publication d’un article parce qu’il y a coupure, et se déplacer de quartier en quartier à la recherche de l’électricité.

Etre un blogueur au Tchad, c’est écrire encore et encore, c’est apporter sa contribution, même minime dans la création de contenus tchadiens sur internet. Et surtout ne rien lâcher, même si, parfois, on se dit que ça ne sert à rien.

Annadjib


En bref, notre quartier est innondé

N’djaména. On est au quartier N’Gabo, dans le 8ème arrondissement de la capitale tchadienne. Les rues sont inondées, au loin on voit une voiture bloquée dans la boue, un malheureux motard qui a surement glissé -sa djellaba est recouverte d’une mixture marron et visqueuse- on voit aussi une charrette qui transporte une moto et quelques personnes… En bref, c’est la saison des pluies.

Il y a une semaine, une violente averse s’est abattue sur N’Djaména. Certains disent dans mon quartier que c’est une pluie comme on en voit tous les cinq ans. En une nuit, le canal de drainage des eaux pluviales a été saturé au point de déborder dans les rues. Les eaux du quartier ne pouvant plus s’écouler, elles sont restées à l’intérieur du quartier, de sorte que le lendemain une étendue d’eau de près de 700 mètres est apparue dans la rue principale (qui est un peu basse). Beaucoup de maisons ont été inondées et les occupants ont été obligés de partir en attendant que l’eau s’écoule enfin.

Difficile de sortir du quartier

Depuis que le quartier est inondé, il est difficile d’en sortir. Les bus et les taxis ne peuvent pas traverser l’étendue d’eau, ils attendent donc les clients tranquillement de l’autre côté.

Pour traverser, chacun se débrouille. Soit on y va à pied, en prenant le risque de  se mouiller, de se salir ou même de glisser, soit on attend qu’une grosse voiture passe par là (un 4X4 de préférence) pour s’y accrocher vite fait. Mais on prend alors le risque de tomber parce que le propriétaire de ladite voiture a refusé de s’arrêter un moment pour permettre aux gens de monter…

Heureusement, il y a un moyen plus sûr et moins salissant de traverser l’étendue d’eau : les charrettes.

Dès le premier jour de l’inondation, l’esprit entrepreneurial des tchadiens s’est manifesté. Une douzaine de charrettes tirées par des chevaux sont apparues dans les rues du quartier. Les charrettes transportent en moyenne sept personnes, et le prix est de 100 FCFA pour un passager. Les charrettes transportent aussi des motos, des meubles etc.

Certains au quartier considèrent les charrettes comme une humiliation, un retour vers le passé, mais comme on n’a pas le choix, on fait avec. Il y aurait eu des pirogues, on serait quand même monté dessus.

Et la mairie dans tout ça ?

Deux ou trois jours après l’inondation du quartier, des agents de la mairie sont venus faire un état des lieux. Aux dernières nouvelles, un Caterpillar est enfin sur les lieux et creuse tant bien que mal un caniveau pour évacuer l’eau. En attendant, on utilise toujours les charrettes !

Annadjib.


Au Tchad, la censure internet modifie les habitudes des internautes

Depuis plus de 5 mois, le Tchad est sous le coup d’une censure internet : plus aucun site ne passe, sauf si on utilise des VPN, applications qui servent à contourner la censure.

Comparé aux différentes périodes de censures internet au Tchad qui se sont étendues de 3 à 10 mois, on est pile dans la moyenne.

Bien que les VPN permettent de se connecter malgré tout, ils ont pour inconvénient de consommer 2 fois plus de données mobile. C’est à dire que si vous souscrivez à un forfait internet de 10 MB, il sera terminé quand vous aurez consommé moins de 6 MB, le VPN utilisant une bonne partie du forfait pour contourner la censure et se connecter à un serveur situé quelque part en occident.

S’acheter un sandwich, ou s’acheter un forfait internet ? La question existentielle de beaucoup de tchadiens…

Dans un pays où la connexion internet est supposée être la plus chère d’Afrique, cet inconvénient n’est pas anodin.

Alors les internautes tchadiens, pour la plupart jeunes et n’ayant pas de revenu fixe, ont complètement changé leurs habitudes sur Internet.

Des heures fixes pour se connecter

Beaucoup d’internautes tchadiens ont pris l’habitude de ne se connecter à internet qu’à heures fixes. Cela est dû principalement aux forfaits internet de l’opérateur Tigo Tchad.

Par exemple, avec les forfaits CHABAB, pour 200 francs CFA par mois, on reçoit chaque jours 20 MB de connexion internet utilisables de minuit à 6 heures du matin. Avec 600 francs CFA, on reçoit 20 MB par jours, utilisables de 21 heures à 6 heures du matin.

Avec le forfait internet illimité, pour 300 francs CFA, on a 1 heure de connexion illimitée. Ce forfait est pratique, mais le problème c’est que la plupart du temps le réseau est si mauvais qu’on n’arrive qu’à consulter quelques sites.

Ce n’est pas vraiment pratique de se connecter qu’à des heures fixes, mais on n’a pas vraiment le choix.

Utilisation abusive des sim 4G

Depuis quelques semaines, l’opérateur mobile, Airtel Tchad, a enfin la 4G. Et depuis, on ne parle plus que de leur promo sur la Sim 4G.

Quand on change notre vieille sim 3G par une sim 4G, ou quand on achète tout simplement une sim 4G à 500 francs, on reçoit 1 Giga utilisable pendant une semaine. Dans un pays où 1 Giga coûte 12 000 francs CFA, soit 20 euros, cette promotion fait des heureux.

Le forfait 100 GB coûte plus cher qu’une moto.

Les jeunes se ruent sur les nouvelles sim 4G et en achètent plusieurs pour les utiliser plus tard. Évidemment, le prix de ses fameuses sims a doublé en quelques jours et elles commencent à devenir introuvables.

Plus d’internet pour certains

Beaucoup d’internautes, n’ayant pas assez de motivation pour se connecter qu’à des heures fixes, où de courir après des sims comme des accrocs, ont simplement décidés de ne plus se connecter à internet. Car de toute façon ça ne sert à rien, et il y a mieux à faire.

Et plus la censure dure, plus on est dégoûté d’internet. Apparemment le gouvernement tchadien a trouvé un moyen efficace pour nous éloigner de l’internet.

Annadjib


Au Tchad, le concours Voix des Jeunes fait ses débuts

Dans la salle de conférence de l’hôtel Le rocher de Dandi – une petite ville située à 101 kilomètres de N’Djaména, la capitale tchadienne – un homme, la vingtaine, se tient debout devant un public composé de près d’une trentaine d’individus. Cet homme, c’est Cheikh T. D, chef de projet au Tchad, de Social Change Factory, un centre de leadership citoyen fondé en 2014 au Sénégal. Centre ayant initié le concours Voix des Jeunes – Tchad.

Une vue de la cour de l’hotel de Dandi. Crédit photo : Annadjib Ramadane.

Avec le programme Voix des jeunes, #SoyonsSolutions

#SoyonsSolutions, tel est le mot clé qui résume la philosophie de Voix des jeunes, un concours télévisé de solutions ouvert aux étudiants. Après le Sénégal, la Guinée Conakry et la Côte d’ivoire, le concours acceuille cette année le Tchad et le Burkina.

Le concours « ambitionne de favoriser l’éclosion d’une génération de jeunes qui partagent de fortes valeurs citoyennes, économiques, environnementales et sociales. ».

Ceci à travers une compétition télévisée où les différentes équipes sont regroupées en poules. À Chaque poule est associé un thème, et dans chaque thème, une problématique particulière est attribuée aux différentes équipes de la poule. Les équipes devront alors analyser la problématique, y trouver une solution et une stratégie pour la mettre en oeuvre.

Pour cette première édition, les étudiants tchadiens ont 4 thèmes pour se départager : Environnement, Emploi, Protection des enfants et Éducation.

Les membres de l’équipe d’Abeché lors des quarts de finale. Crédit photo : VOIX DES JEUNES – TCHAD.

« 1 Concours, 10 Universités, 1 Aventure, 1 Vainqueur. »

Au lancement du concours Voix des jeunes – Tchad, il y avait dix équipes en compétition. Une a été éliminée lors du premier Boot Camp organisé dans la ville de Dougia – situé à moins de 100 kilomètres de N’Djaména – la seconde, lors des quarts de finale de la compétition, dont le tournage en public a eu lieu au centre Al Mouna à N’Djaména.

Ce sont les 8 équipes restantes qui ont pris part au second Boot Camp de Dandi.

Les Boot Camps, ou formations intensives

À chaque étape du programme, les participants toujours en compétition sont conviés à prendre part à un Boot Camp organisé dans une ville du pays.

Formations, conseils, retours sur l’évolution de la compétion et diverses activités marquent les Boot Camps. Ceci pour « apporter une valeur ajoutée à la formation classique des etudiants. ».

Lors du Boot Camp de Dandi, il y a eu des seances de coaching animées par des experts de l’Unicef et autres facilitateurs, des formations sur « La gestion de projets », « Réussir sa présentation Power Point » etc. Dès le debut du Boot Camp de Dandi, l’accent a été mis sur la « Prise de parole en public » car, malgré une première formation sur le sujet lors du Boot Camp de Dougia, beaucoup d’étudiants ont eu de serieux problèmes lors des premiers matchs de la compétitions. Trac, mauvaise gestuelle et panique ont faillit gâcher leurs présentations.

Une équipe en séance de coaching. Crédit photo : Fadoul M.

Le Boot Camp de Dandi s’est achevé par le service communautaire

Il est coutume de terminer les Boot Camps par un service communautaire.

Lors du service communautaire, diverses actions sont menées pour répondre à des problèmes communautaire en impliquant les membres de la communauté ( chefs de carrés, associations de jeunes…).

Pour le lieu d’exécution du service communautaire, l’école de Dandi a été choisie.

Une salle de classe de l’école de Dandi. Crédit photo : Annadjib Ramadane.

Des équipes se sont formées et ont eu pour différentes tâches de planter près de 200 arbres, refectionner les tables et bancs de l’école, remettre à neuf les tableaux et tout nettoyer.

On fait descendre les arbres de la voiture. Crédit photo : Korom Mahamat.

Ici on met de l’ardoisine sur un tableau. Crédit photo : Korom Mahamat.

Un jeune entrain de remettre sur pied une table. Crédit photo : Korom Mahamat.

À la fin du Boot Camp qui a duré 3 jours, les équipes ont regagné leurs différentes universités, parfois lointaines comme celle d’Abeché à plus de 900 kilomètres de la capitale, pour préparer les démis finales du concours.

En attendant, à N’Djaména, dans les bureaux de Social Change Factory, le staff s’active pour préparer le prochain match et régler les derniers détails pour la diffusion à la Télé Tchad des matchs du concours.

Annadjib


À N’Djaména, il n’y a pas de monnaie

« Il n’y a pas de monnaie ». Depuis quelques mois, cette phrase est devenue récurrente à N’Djaména.

Pas de pièces, pas de petites coupures. Trouver de la monnaie est devenu un véritable problème à N’Djaména. Les commerces disent ne pas en avoir et ne servent que ceux qui en ont, ou bien ils vous servent et gardent avec eux votre billet jusqu’à ce que vous achetiez plus, pour en sorte que vous l’ayez complètement dépensé.

Quant aux transporteurs publics, ils sont plus ou moins capricieux. Parfois il y a une ralonge de 50 FCFA sur le prix du transport de la personne qui ose sortir un billet sans avoir prévenu… avec insultes si affinités. Et en fin de journée c’est : soit vous avez de la monnaie et vous prenez le transport, soit vous dégagez. Et pas la peine de discuter ni même de supplier.

Alors, où est passée la monnaie ?

Depuis un moment, cette question alimente les discussions dans les quartiers, bureaux et transports publics.

Les économistes et autres personnes ayant quelques notions en économie, feront certainement un parallèle entre la crise économique qui secoue le pays et la diminution du flux d’argent en circulation. Le N’Djaménois lambda, non instruit et rempli de préjugés, quant à lui, a réussi à trouver des réponses à cette question, réponses plus ou moins tirées par les cheveux, mais des réponses quand même.

La faute aux jeux de hasards

Ces derniers temps, j’ai souvent pris les transports en commun. À chaque fois que quelqu’un dans le bus ou le taxi se plaint du problème de manque de monnaie, il y a toujours quelqu’un qui donne cette explication : « c’est la faute aux jeux de hasards ».
Selon les usagers, les jeunes (qui en sont devenus accros) ramènent là bas toutes les pièces qu’ils trouvent. Et plus encore, les chinois qui sont présumés êtres les cerveaux de l’affaire, envoient toutes les pièces qu’ils peuvent récupérer en Chine car selon les usagers, c’est « une richesse chez eux ».
S’en suit la plupart du temps de longs réquisitoires contre les chinois. Ils sont traités de « voleurs d’ânes », « voleurs de grenouilles » et même responsables du manque de pluies. Sacrés chinois !

Mais d’autres, plus réservés, pensent que c’est parce que beaucoup de grands commerçants préfèrent garder leur argent chez eux.

Les commerçants tchadiens n’ont pas confiance dans les banques

Même si ça change petit à petit, il est vrai que beaucoup de commerçants tchadiens ne gardent pas leurs sous en banque. Parfois par manque de confiance, parfois pour raisons réligieuses, car pour beaucoup, la banque c’est illicite. Un ami me confiait que dans leur quartier, ils ont une grande commerçante qui garde tous son argent chez elle. Elle aurait même des bassins remplis de pièces équivalent à 500.000 FCFA. C’est pratique car les termites ne peuvent pas ronger les pièces, et on imagine mal un bandit dérober un bassin rempli de pièces et pesant près de 30 kilos !

Quoi qu’il en soit, pour l’instant à N’Djaména, les banques ne manquent ni de monnaie ni de petites coupures. C’est peut-être quand elles en manqueront aussi qu’il faudra vraiment s’inquiéter.

Annadjib