Annadjib Ramadane

J’ai participé à la formation Yali Dakar

J’ai assisté à la session 14 de la formation hybride du Centre Régional de Leadership de l’Afrique de l’Ouest, autrement dit la formation YALI Dakar. Cette formation s’est déroulée du 6 mars au 12 avril 2019, la formation est dite « hybride » parce que les 2 premières semaines ont lieu en ligne et les 4 restantes à Dakar au Sénégal.
Pour ceux qui se demandent ce qu’est le Young African Leaders Initiative (YALI), c’est une initiative du Département d’État des États-Unis. Pour résumer, l’objectif du programme est de :

Soutenir les jeunes leaders africains dans leurs efforts pour stimuler la croissance et la prospérité, renforcer la gouvernance démocratique et améliorer la paix et la sécurité dans le continent africain.

Cela via 3 filières au choix : Business and entrepreneurship, Civic Leadership et Public Management.
Après 2 semaines de formation en ligne marquées par des cours vidéos, évaluations, discussions et travaux de groupe, c’est naturellement que je suis allé à Dakar pour la suite de la formation.

Vue de la ville de Dakar. Photo : Annadjib Ramadane.
Vue de la ville de Dakar. Photo : Annadjib Ramadane.

Arrivée à Dakar pour la formation en présentielle

Je suis arrivé à Dakar un dimanche à l’aube accompagné d’une dizaine de compatriotes. Etant libre le jour de mon arrivée, j’ai profité de mon temps libre pour me promener et découvrir la ville en attendant que les choses sérieuses commencent.

 

Début de la formation Yali-Dakar

La formation Yali-Dakar a commencé par une activité de 2 jours, appelée la retraite. L’activité a pour but de permettre aux participants provenant d’une quinzaine de pays de faire connaissance, d’avoir un aperçu global des projets des uns et des autres, de bâtir des communautés à travers diverses activités plus ou moins ludiques axées sur la coopération.

Après cette 1ère phase, les différentes filières sont séparées par leurs emplois du temps et débutent alors les activités dites intensives.

Etant dans la filière « Business et Entrepreneurship », mes journées étaient marquées par des ateliers, des rencontres, des panels, des sorties pédagogiques, conférences et travaux de groupes. Les journées étaient très chargées et parfois épuisantes.

Malgré tout ça, j’ai pu apprendre énormément des formateurs qui étaient vraiment très motivés et impliqués, des différents invités aux parcours atypiques et des autres participants et leurs projets.

La team Business and Entrepreneurship après une séance de travail au Synapse Center. Photo : Synapse Center.

La formation ne se résumant pas seulement aux cours, le 1er week-end on a pu visiter 2 lieux emblématiques de la ville de Dakar.

Visite du monument de la renaissance Africaine

En début de journée, on est allé au Monument de la Renaissance.

Le monument en question fait 7000 tonnes et surplombe la ville de Dakar. Avant d’arriver au pied de la plus grande statue au monde (car elle fait 52 mètres, donc plus grande que la statue de la liberté et de celle de Rio) il faut monter 188 marches. Selon le guide, c’est la plus grande construction en Afrique après les pyramides d’Egypte. Le monument abrite en son sein un beau musée de 3 étages. On peut prendre un ascenseur pour arriver au sommet du monument et avoir une très belle vue de la ville de Dakar.

Monument de la renaissance Africaine. Photo : Annadjib Ramadane.
Monument de la renaissance Africaine. Photo : Annadjib Ramadane.

Pour conclure, il faut retenir :

  • L’idée de construire un tel monument était d’Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal.
  • L’architecte était un sénégalais.
  • C’est une compagnie Nord-Coréenne qui s’est chargée de bâtir l’édifice.
  • Tout a été fait et monté au Sénégal.
  • Le tout pour un budget de 12 milliards de Francs CFA.

Après le monument de la renaissance, on est allé visiter la célèbre île de Gorée.

Visite de l’île de Gorée

L’île de Gorée, située dans la baie de Dakar et dans l’océan atlantique, est un lieu emblématique de cette tragédie qu’est la traite négrière. Lors de la visite de ce lieu classé sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1978, j’ai vu des visages serrés et tristes quand le guide racontait comment les esclaves étaient entassés dans de minuscules cases, comment on s’y prenait pour les enchaîner et les lyncher… Puis des visages bizarrement souriants quand il s’agissait de faire des selfies dans la célèbre maison des esclaves.

Quelque part sur l'île de Gorée. Photo : Annadjib Ramadane.
Quelque part sur l’île de Gorée. Photo : Annadjib Ramadane.

Par ailleurs, l’île étant autant un lieu de tourisme que de mémoire, on se perd vite dans ses ruelles étroites et colorées, on peut visiter ses anciens musées, ses 28 maisons des esclaves et admirer les différentes œuvres d’art qui y sont exposées.

Après ces fascinantes visites, les journées restantes de la formation Yali Dakar se sont très vite enchaînées et on a terminé notre séjour par une soirée culturelle marquée par les prestations artistiques des différents participants.

La formation YALI Dakar fût une belle expérience car on y apprend beaucoup, on découvre de nouvelles cultures, on se fait pleins de nouveaux amis et on peut, si on tombe au bon moment, assister à une fête nationale.

 

Durant mon séjour, j’ai également pu passer une soirée avec Lucrèce et Roger, 2 amis mondoblogueurs de longue date.

Merci pour tout.

Annadjib.


Au Tchad, une année de censure internet injustifiable

Cela fait déjà un an qu’un bon matin, les internautes tchadiens se sont rendus compte que plus aucun site internet ne passait. Certains avaient émis l’hypothèse d’un problème de réseaux, car il est banal dans cet immense pays sahélien qu’est le Tchad de voir les communications perturbées lors des tempêtes de sable. Mais hélas non. C’était la 2ème censure internet de l’année. La 1ère ayant eu lieu le 25 janvier 2018, suite à un appel à des marches et manifestations lancé par la société civile.

Ce qu’il faut savoir et retenir de cette censure internet, c’est qu’elle est la plus longue que le Tchad n’ait jamais connue. Sur les 4 censures internet ayant eu lieu au Tchad entre l’année 2016 et l’année 2018, le délai le plus long était de 235 jours. Cette fois-ci, on est à plus de 365 jours. Une censure internet ironiquement mise en route juste après la promulgation de la nouvelle constitution censée marquer l’avènement d’une 4ème république. L’avènement d’un « Tchad nouveau ».

Sourde oreille des autorités

Je ne vais pas faire ici la liste de toutes ces dénonciations, articles, interviews télé, interventions à la radio, conférences de presses de la société civile, campagnes, sit-ins et longs communiqués de toute part adressés aux autorités tchadiennes, car malgré toute la bonne volonté qu’il y avait derrière ces courageuses actions, rien ne semblait changer. Les autorités tchadiennes continuaient de faire la sourde oreille et parfois dans les sorties médiatiques de certains hauts cadres, la censure internet était même quasiment niée. Du moins jusqu’à une plainte déposée en septembre par des avocats tchadiens. La plainte a abouti à plusieurs audiences et convocations impliquant les opérateurs téléphoniques et l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes du Tchad. Même si le Président du tribunal de grande instance de N’Djamena a finalement rejeté la demande des deux avocats, cette plainte a permis de voir clair dans cette histoire. Les opérateurs téléphoniques ne peuvent rien faire.

« Toutes les fois qu’il y aura une situation impliquant la sécurité nationale… ils sont censés coopérer avec les hautes autorités et au besoin restreindre le réseau. »

De cette information, on pourrait déduire tout simplement que tout ce qui a rapport à internet au Tchad est désormais du domaine de la sécurité nationale. Car les appels à manifester, qui sont pour la plupart interdits pour cause de « troubles à l’ordre public », sont majoritairement partagés sur les réseaux sociaux. Les censurer serait donc appliquer dans une certaine mesure une prérogative comme une autre des autorités. Elles ne doivent s’expliquer ni rendre des comptes à personne. Un raisonnement très dangereux, car l’accès à internet est selon l’ONU un droit fondamental, et le restreindre c’est violer les droits de l’Homme.

 

Aux dernières nouvelles, la cour d’appel a confirmé le verdict du 1er procès rejetant la plainte des deux avocats, et honnêtement, même si les avocats envisagent de saisir la cour suprême, on n’espère pas grand-chose car les autorités tchadiennes ont l’air de mépriser les conséquences de cette année de censure internet.

Les graves conséquences économiques de la censure internet

En 2016, Internet Sans Frontière avait estimé le coût de la censure internet qui a eu lieu au Tchad durant 235 jours, à 18 millions d’Euros. Entre temps, NetBlocks et l’Internet Society ont lancé un outil de calcul de l’impact économique de la censure d’Internet à l’échelle mondiale. Il suffit d’aller sur la plateforme, indiquer le pays, les sites censurés et la durée.

J’ai essayé de calculer via la plateforme l’impact économique de ces 365 jours de censure internet sur l’économie tchadienne. Les chiffres sont là et donnent le tournis.

Coût des 365 jours de censure internet au Tchad.

Dans un premier temps, on pourrait douter de la véracité de ces chiffres, mais il faut préciser que selon le Rapport sur l’état du Digital de 2019, de janvier 2018 à janvier 2019, la fréquentation des réseaux sociaux au Tchad a fortement diminué : moins de 150 000 utilisateurs, soit une baisse de 54%. Même si ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, cela constitue un énorme manque à gagner pour notre économie.

Quand la censure internet aggrave la fracture numérique

L’une des conséquences les plus graves de la censure internet au Tchad, c’est qu’elle aggrave la fracture numérique en mettant à l’écart de la société numérique toutes les personnes qui n’ont plus les moyens de se connecter à internet, et renforce le postulat selon lequel :

« Au Tchad, s’intéresser et s’impliquer dans le numérique est une perte de temps et d’argent ».

Désormais, sensibiliser les jeunes tchadiens et leur parler de culture numérique deviendra plus difficile qu’il n’y parait car leurs a priori négatifs seront renforcés. Une situation incompréhensible quand on se rappelle que le président de la république a fièrement reçu en février le président du groupe Maroc Telecom qui a dit vouloir aider le Tchad à développer son secteur numérique. Le même groupe qui a finalement acheté quelques semaines après Tigo Tchad, le premier opérateur du pays. Comme quoi, dans la forme, rien ne va changer.

En attendant, que faire pour lever la censure des réseaux sociaux ?

Plusieurs initiatives louables ont été initiés pour que la censure internet soit levée au Tchad. Campagnes digitales, lettres ouvertes, communiqués, etc.

A mon humble avis, les autorités tchadiennes se comportent comme un père qui ne voudrait pas donner raison à son enfant par peur de paraître faible.

Continuer sur cette lancée et laisser pendant ce temps les uns et les autres faire des amalgames entre le combat pour la levée de la censure internet à d’autres combats politiques est une perte de temps.

Les acteurs tchadiens du numérique ont intérêt à trouver le plus vite possible un moyen pour dialoguer avec nos autorités et leur expliquer que cette censure internet n’est dans l’intérêt de personne. Sinon, j’ai peur que le Tchad devienne comme la Chine en matière de censure internet.

Annadjib.


Ma visite au Salon africain de l’agriculture

Du 12 au 15 Mars 2019, s’est tenu à N’Djaména la 1ère édition du Salon africain de l’agriculture. Le Salon avait globalement pour objectif de parler et de promouvoir l’agriculture africaine et ses produits, à travers panels, stands, expositions, réseautage, etc.

Des tentes et des stands

Le palais du 15 janvier, lieu abritant le Salon africain de l’agriculture, fut légèrement transformé pour l’occasion. Deux longues et grandes tentes, installées dans la cour principale du palais, abritaient principalement les stands des pays invités (Niger, Burkina, Mali…), ceux de différents partenaires et de quelques producteurs et entrepreneurs locaux. Sur les stands, on pouvait trouver différents produits agricoles, qu’ils soient transformés ou pas, comme par exemple des semences améliorées, de la spiruline, de la confiture de tomate, du ketchup, du savon de karité, des légumes bio et même des aquariums.

Un stand de légumes au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

L’ambiance dans les tentes était pour moi un peu fade. On aurait dit un supermarché. Contrairement à l’extérieur qui était beaucoup plus vivant.

L’extérieur, un retour aux sources

L’extérieur du palais était pour moi beaucoup plus animé et intéressant que les tentes et leurs stands d’intérieur. Il y avait tout un espace dédié à l’exposition des tracteurs, accessoires, pompes solaires et différents appareils sensés améliorer le rendement agricole.

Pompes solaires exposées au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

À l’arrière du palais, il y avait un autre espace beaucoup plus intéressant avec des stands pour chaque région du Tchad. C’était un peu comme le Festival Dary, mais sans la musique et les danses qui vont avec.

Produits agricoles, artisanaux, médicaments traditionnels et autres étaient fièrement exposés et mis en vente. On a passé plus d’une heure à visiter ces stands, à discuter et à poser des questions aux exposants, car il faut l’avouer, les jeunes de la ville, sont comme on le dit en milieu rural : « perdus ». Les exposants nous répétaient sans cesse : « Si vous ne comprenez pas quelque chose, n’hésitez pas à poser des questions. »

Un seau de viande séchée (Charmoutt). Photo : Annadjib Ramadane.

Il y avait beaucoup de produits locaux dont on ne connaissait que le nom et d’autres qu’on consommait depuis toujours sans savoir d’où ils provenaient. Comme par exemple le moringa et le curcuma.

Du Cucurma produit au Tchad. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Saviez-vous que le Tchad est le 2ème exportateur de gomme arabique en Afrique ? Photo : Annadjib Ramadane.

Comme on posait beaucoup de questions, des dégustations nous furent offertes.

Sardines séchées du Lac Fitri, au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Sel rouge, provenant des lacs d’Ounianga. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Ballon de foot en cuir, exposé au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

Les produits incitant à consommer local ne manquaient pas. Miel, confitures, bouillies, spiruline et moringa en poudre…

Pot de confiture de Datte, au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

 

Du miel d’Accacia exposé au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

Les enclos

Juste après les stands des différentes régions, il y avait une petite zone réservée aux cultures (ail, oignon, tomates…) avec une démonstration de culture sous serre et une zone moyenne avec des enclos. On pouvait apercevoir entre autres des lapins, des poules pondeuses, des chameaux, des zébus, des bœufs métis et des chevaux.

Un bœuf Kouri. On le reconnait à ses énormes cornes. Photo : Annadjib Ramadane.

On a terminé la visite en dégustant du GodoGodo made in Niger. Un mélange de pâte de mil légèrement cuite, accompagnée de lait caillé ou de yaourt. Le packaging du produit a séduit et attiré beaucoup de monde. Vu qu’on consomme beaucoup ce produit au Tchad, j’espère que nos entrepreneurs vont s’inspirer de l’astuce nigérienne pour rendre ce produit plus attrayant.

Ce mélange est appelé Fura da Nono au Niger, Lakh au Senegal et Godogodo au Tchad. Photo : Annadjib Ramadane.

Lors de mon passage au Salon Africain de l’Agriculture, je suis tombé sur un autre mondoblogueur, Ben Ali. On s’est bien amusé et on a dégusté pas mal de produits gentiment offerts par les exposants.

Ben Ali au Salon Africain de l’Agriculture. Photo : Annadjib Ramadane.

Annadjib.


Au Tchad, les réseaux sociaux sont devenus le reflet d’un malaise dans la société

Ces derniers temps, au Tchad, il circule sur les réseaux sociaux plein de contenus plus violents les uns que les autres. Vidéos, photos et textes reflétant une société où la violence est devenue une compagne de tous les jours.

Il y a 3 ans, une vidéo de viol avait été postée sur les réseaux sociaux. La vidéo en question avait tellement choqué et indigné les internautes tchadiens que le président de la république, qui à l’époque n’avait que faire des réseaux sociaux, fut obligé d’y débarquer pour rassurer les internautes et essayer de calmer le flot de haine qui se propageait. Malheureusement cette vidéo ne fut pas la dernière à choquer.

L’habitude : poster des contenus violents sur les réseaux sociaux

Entretemps, sur les réseaux sociaux, on a pu voir une vidéo montrant des élèves et étudiants battus et humiliés par des policiers suite à une manifestation ; une vidéo montrant un présumé voleur attaché à un mur, les mains derrière le dos, se faire torturer dans la maison d’un particulier ; et plus récemment, une vidéo montrant un pauvre domestique accusé de vol, enfermé dans une cour et passé à tabac par près d’une dizaine de personnes ; une vidéo montrant une femme agenouillée au milieu d’une cour et fouettée à tour de rôles par des hommes ; et une vidéo encore plus violente montrant une femme se tortillant au sol sous l’effet des coups de fouets de personnes en tenues militaires. Sans parler de cette pléthore de textes, photos et images des internautes tchadiens appelant à la haine du prochain.

illustration femme
Illustration Femme Battue. Image libre d’utilisation.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les réseaux sociaux sont devenus au Tchad le moyen le plus efficace pour dénoncer, pour ne pas dire le seul. On entend quotidiennement parler de victimes de bavures des forces de l’ordre, de domestiques abusés, de femmes battues et violées. Que ce soit en ville, avec nos airs de civilisés, ou dans les villages reculés, les victimes ne portent pas plainte la plupart du temps et préfèrent se murer dans un long silence. Alors, quand l’un des bourreaux, dans un moment de sadisme extrême, décide d’immortaliser son méfait via une vidéo ou une photo et l’envoie à ses amis via une application de messagerie comme WhatsApp pour s’en vanter, il est sûr et certain que ce contenu apparaîtra tôt ou tard sur les réseaux sociaux. Et il n’est pas étonnant qu’après les habituelles indignations des uns et des autres, on voit apparaître et se propager des messages pointant du doigt certaines personnes et communautés, des fausses informations et autres interprétations plus ou moins erronées. Autant de reflets d’un malaise et d’un sentiment de violence et d’injustice partagé dans la société tchadienne.

À qui la faute ?

Attribuer les responsabilités de ce qui se passe sur les réseaux sociaux au Tchad est très difficile. On pourrait se contenter de pointer du doigt l’internaute tchadien, ne s’illustrant pas par son usage responsable des réseaux, qui, même en l’absence d’informations fiables, devient propagateur et consommateur de contenus violents et laisse ses émotions prendre le dessus sur sa raison.

Ou bien on pourrait pointer du doigt les autorités tchadiennes, ne s’illustrant pas par l’importance qu’elles accordent aux réseaux sociaux, dernières à être au courant et à agir quand quelque chose s’y passe. Car il faut avouer que ces vidéos, images et textes sont le reflet d’un Tchad où les pauvres ne croient plus en la justice, un Tchad où il faut d’abord attirer l’attention des médias étrangers sur une injustice quelconque avant que nos autorités agissent.

La censure d’Internet, une solution ?

Pour rappel, le Tchad est sous le coup d’une censure d’Internet depuis près de 11 mois. Censure expliquée officieusement par certains comme la seule solution pour calmer le « n’importe quoi » des internautes tchadiens : appels à la haine, fausses informations, rumeurs, critiques envers le gouvernement, etc.

Mais en réalité, la censure d’Internet est plus ou moins efficace. Selon un récent rapport sur l’état du digital au Tchad, la fréquentation de certains réseaux sociaux au Tchad a baissé jusqu’à 54%. Cependant, on arrive toujours à se connecter via des applis VPN ; et les fake news, appels à la haine… n’ont jamais été aussi nombreux sur les réseaux sociaux. On pourrait même dire que finalement, cette censure n’a servi à rien.

La solution, encadrer les réseaux sociaux ?

Par encadrement, je parle de lois ou d’ordonnances contrôlant ce qui se passe sur les réseaux sociaux. L’Égypte a par exemple depuis fin 2018 une loi permettant de surveiller certains comptes et usagers des réseaux sociaux. Au Cameroun, pays voisin, on parle également depuis fin 2018 d’un projet de code de bonne conduite sur les médias sociaux. À ce que je sache, au Tchad, on n’a pas pour l’instant une loi qui encadre clairement l’activité sur les réseaux sociaux. On a bien une loi sur la Cybercriminalité qui date de 2014, mais elle ne parle pas vraiment de réseaux sociaux.

Personnellement, je pense qu’un code de bonne conduite sur les réseaux sociaux comme au Cameroun aurait l’avantage de responsabiliser les internautes. Chacun saura ce qu’il risque s’il appelle à la haine de son prochain ou s’il partage de fausses informations. Cependant, dans un pays comme le Tchad où faire des amalgames est chose courante, ce genre d’encadrement pourrait très vite être détourné et utilisé pour museler les utilisateurs des réseaux sociaux.

En attendant que le ciel s’éclaircisse, j’ai lu ceci il y a quelques jours sur un média en ligne tchadien :

Le ministère de la Sécurité a procédé à l’arrestation de plusieurs personnes « fauteurs de troubles », identifiées comme les auteurs de publications subversives sur les réseaux sociaux.

Cela, pour lutter contre la haine sur les réseaux sociaux. Comme quoi, on a encore du pain sur la planche.

Annadjib.


L’état du digital au Tchad en 2019

Chaque année, We Are Social et Hootsuite publient un rapport sur l’état du digital dans le monde. Pour rappel, le Tchad est inclus dans l’étude depuis 2017.

L’année passée, j’avais fait un commentaire du rapport de 2018 sur un billet intitulé : L’état du digital au Tchad en 2018.
Sans plus tarder, passons à l’état du digital au Tchad en 2019.

Une faible hausse des internautes

Selon le rapport de 2018, le nombre d’internautes tchadiens avoisinait 756 000 pour une population de près de 15,13 millions d’habitants. En 2019, sur près de 15,58 millions d’habitants, on a 779 000 utilisateurs d’internet. Soit un taux d’utilisation de 5%.

On remarque que le taux d’utilisation d’internet est toujours de 5%. Quant au nombre d’utilisateurs, la hausse n’est que de 3%. De faibles chiffres comparés à la hausse de 90% qu’on a eu de janvier 2017 à janvier 2018.

Une baisse notable de la fréquentation des réseaux sociaux.

De janvier 2018 à janvier 2019, la fréquentation des réseaux sociaux au Tchad a fortement diminuée : moins 150 000 utilisateurs, soit une baisse de 54%.

Pour rappel, dans le précédent rapport, on avait près de 280 000 utilisateurs actifs par mois sur Facebook.

Cette baisse de fréquentation des réseaux sociaux s’explique certainement par la censure d’internet qui a lieu depuis 11 mois au Tchad. Et malgré la baisse récente du prix de la connexion internet, les choses ont l’air de s’empirer.

Audiences des réseaux sociaux les plus utilisés au Tchad

Dans l’état du digital de 2018, on parlait du nombre d’utilisateurs mensuels des réseaux sociaux les plus utilisés au Tchad : Facebook et Instagram. Dans l’étude de cette année, on parle plutôt du nombre d’internautes qui peuvent êtres atteints par les annonces : l’audience. Quoi qu’il en soit, cette année, Twitter et LinkedIn font leur entrée.

130 000 personnes peuvent êtres atteintes sur Facebook.

35 000 personnes peuvent êtres atteintes sur LinkedIn. Il y a donc beaucoup plus d’internautes tchadiens sur LinkedIn que sur Instagram.

19 000 personnes peuvent êtres atteintes sur Instagram.

3200 personnes peuvent être atteintes sur Twitter. Ce qui donne une idée approximative du nombre d’utilisateurs de Twitter au Tchad.

Top des recherches Google et YouTube au Tchad

Dans le rapport de 2018, on avait que le top des recherches sur Google. Cette année, on a aussi YouTube.

PMU et Foot. Les recherches habituelles des internautes tchadiens sur Google.

Sur Youtube, l’internaute tchadien est plutôt musique et moins contenu éducatif.

Au vu des chiffres du digital au Tchad en 2019, on peut être optimiste, pessimiste ou même relativiser. Quoi qu’il en soit, il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Pour aller plus loin : le rapport complet.

Crédit images : Hootsuite and We are social.

Annadjib.


Ma visite au parc national de Zakouma

Du 17 au 21 janvier dernier,  j’ai pu visiter le parc national de Zakouma. Cette visite a eu lieu dans le cadre d’un Bootcamp, organisé par le club anglais du centre culturel Al Mouna de N’Djaména, en partenariat avec l’office national de promotion du tourisme.

Le parc national de Zakouma est situé à environ 800 kilomètres au sud-est de la capitale tchadienne, N’Djaména. Avant l’indépendance du Tchad, c’était une zone de grande faune où beaucoup de colons venaient chasser. En 1958, le parc est devenu une réserve et c’est en 1963 qu’il devient officiellement le premier parc national du Tchad. Le parc de Zakouma couvre une superficie de 3000 kilomètres carrés où il est interdit de chasser, de pêcher, de couper des arbres, d’introduire du bétail et d’y habiter.

Entrée du parc national de Zakouma. Photo : Annadjib Ramadane.

Zakouma, un espace de tourisme

Le parc national de Zakouma a accueilli pendant la saison touristique de 2017, 2225 touristes originaires du Tchad, d’Europe et des États Unis, soit une augmentation de 83% par rapport à 2016. Chiffre résultant probablement de la stratégie marketing et de communication mise en place ces dernières années au parc.

Le parc de Zakouma a un « tourisme à 3 niveaux ». Pour les VIP, il y a un hôtel où la nuitée coûte près de 130 euros à l’intérieur du parc.

Vue des chambres d’hôtel de Zakouma. Photo : Annadjib Ramadane.

Pour ceux qui ont de gros moyens, il y a un camp nomade très demandé, avec des tentes venues d’Afrique du Sud, et dont l’effectif est de 8 à 10 personnes. Dans le camp nomade, la nuitée coûte 700 dollars et les réservations sont pour le moment pleines jusqu’à 2021. Le camp nomade est situé près des couloirs de migration des animaux. Ce qui fait qu’on n’a pas besoin de se déplacer en voiture pour les voir. Toute la faune de Zakouma défile quotidiennement sous les regards émerveillés de ceux qui ont de quoi s’offrir un tel spectacle.

Un éléphant au Parc National de Zakouma. On peut voir son collier GPS. Photo : Taoufiq Quaresma.

Et enfin, il y a un camp de passage gratuit, pour les simples visiteurs comme nous. C’est simple, on mange à la belle étoile et on peut même voir des hyènes roder en soirée.

Vue de notre habitation. Photo : Annadjib Ramadane.

En ce début d’année, le célèbre magazine Bloomberg a classé le parc national de Zakouma comme l’une des 21 destinations touristiques à visiter dans le monde en 2019. Preuve que le parc national de Zakouma est l’une des destinations touristiques incontournables au Tchad et même dans le monde.

Zakouma, un espace riche en faune et en flore

La diversité en faune et en flore du parc national de Zakouma en a fait un espace de recherche scientifique incontournable au Tchad.

Il y a plein de girafes à Zakouma. Pas besoin d’aller loin pour les trouver. En plus, elles prennent la pose quand elles voient une voiture… Photo : Taoufiq Quaresma.

 

Une des voitures de tourisme. Photo : Annadjib Ramadane.

En chiffre, le parc compte approximativement :

  • Plus de 1000 espèces fauniques,
  • Plus de 600 espèces floristiques,
  • 371 espèces d’oiseaux dont les migrateurs viennent de destinations aussi éloignées que l’Europe de l’est (aigles),
  • 66 grands mammifères,
  • 44 espèces de poissons.

Zakouma, plus qu’un parc : une entreprise

Gérer les 3000 kilomètres du parc pour un État comme le Tchad qui n’a pas de grands moyens n’est pas chose facile. C’est ainsi que depuis 2010, en vertu d’un partenariat public-privé avec le gouvernement tchadien, le parc national de Zakouma est dirigé par l’ONG African Parks.

Le parc est géré comme une entreprise avec un conseil d’administration où toutes les décisions sont prises et un conseil de gouvernance.

Ayant comme autre partenaire de choix l’Union Européenne, il a été initié depuis quelques années un renforcement des capacités des ressources humaines du parc, car il faut préciser que 25 gardes sont tombés sous les balles des braconniers.

Le parc dispose de deux avions (dont un offert par une personne de bonne volonté) chargés de la surveillance aérienne (60 heures de vol par mois).

Les réalisations dans le domaine social du parc

Lors de notre séjour à Zakouma, on a eu l’occasion de visiter l’école primaire et le lycée de Goz-Djarat, village située juste à l’entrée du parc.

Les membres du club d’anglais ont effectué un service communautaire (nettoyage de la cour, don de matériels scolaires, de vêtements et discussions avec les élèves).

L’école et le lycée ont été construits avec des briques fabriquées par une machine offerte au parc par un donateur. Le lycée a un internat de 60 élèves qui seront accompagnés jusqu’à l’université par le parc, un salle multimédia (la seule de la région) et une bibliothèque (avec des bandes dessinées). Le parc a également construit dans le village un centre de santé et divers points d’eau.

J’ai oublié le nom de cet animal, mais en arabe tchadien, on l’appelle : Tétal. Photo : Taoufiq Quaresma.

Pour conclure, quelques informations utiles

  • Le Tchad a déposé la candidature du parc national de Zakouma pour qu’il entre au Patrimoine mondial de l’Unesco,
  • Un village animiste très ancien a l’autorisation depuis 1963 de vivre à l’intérieur du parc selon ses us et coutumes,
  • Le parc ne possède pas d’espèces endémiques, cependant on a plus de 30% de l’effectif mondial de la girafe du Kordofan.
Des crocodiles. Photo : Taoufiq Quaresma.

Le parc national de Zakouma est un endroit à visiter absolument, surtout pour la génération tchadienne hyper connectée qui ne fait que s’extasier devant les photos de nos richesses touristiques, mais ne pense jamais à aller voir ça de plus près.

Annadjib.


Au Tchad, le festival Dary pour bien terminer l’année 2018

Du 22 décembre 2018 au 2 Janvier 2019, il s’est tenu à la place de la nation de N’Djaména, le Festival Dary. Avec pour slogan « Notre Pays, nos Merveilles », le festival avait pour objectif de valoriser le potentiel culturel et artistique tchadien à travers des danses, des expositions, des prestations artistiques, des jeux et de la gastronomie. 12 jours de festivités pour oublier et bien terminer l’année 2018 qui fut compliquée pour beaucoup de tchadiens.

Étant plus ou moins intéressé de culture, j’ai manifesté un certain enthousiasme quand j’ai appris qu’on organisait bientôt un festival à N’Djaména. Sachant qu’au Tchad l’année 2018 fût principalement marquée par la crise économique, les forums plus ou moins utiles, les grèves, les marches à répétitions, les affrontements au nord du pays, etc., assister à un festival serait une bonne façon de se changer les idées et mettre un peu de couleur à notre sombre quotidien.

Ma visite au festival

N’ayant pas pu me rendre au festival le 1er jour, car les routes étaient bloquées à cause de la visite du président de la République française au Tchad, j’y suis allé le lendemain vers 14 heures.

La place de la nation, lieu abritant le festival Dary, était pleine de monde et de couleurs. Le bleu, le jaune et le rouge, couleurs de notre cher drapeau national étaient visibles de partout.

Ballet, Bleu – Or – Rouge au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Le festival dary était comparable à une sorte d’énorme village où chaque région du Tchad était représentée par une délégation, une habitation et les principaux éléments de sa culture.

Une région, une culture

Chacune des délégations provenant des différentes régions du Tchad étaient basées dans une reconstitution de leur habitation. Comme par exemple la simple case pour les habitants du Mayo Kebbi – Est, ou la tente pour les nomades.

Bienvenu au Borkou. Photo Annadjib Ramadane

Les différentes délégations rivalisèrent d’ingéniosité pour orner tant à l’intérieur qu’à l’extérieur leurs habitations. A l’intérieur de certaines habitations, on pouvait sentir une douce odeur d’encens mêlé à divers autres parfums.

De l’encens et des parfums au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

On pouvait voir différents objets d’intérieur comme des tapis faits à base de peaux d’animaux, des habits traditionnels, des couvertures, des ornements, des théières, des ustensiles de cuisine…
A l’extérieur, c’était plutôt les différents produits alimentaires et productions artisanales des régions qui étaient mises en valeur dans différents stands. On pouvait donc voir des assortiments de fruits et légumes secs.

Dattes au Festival Dary. Photo : Yacoub Doungous
Une calebasse pleine de tomates séchées au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Il y avait aussi des produits qui font la fierté de certaines régions, comme le miel, le beurre de karité, la spiruline, le lait, le coton, la gomme arabique…
On pouvait admirer de belles réalisations artisanales comme des bagues en argent, des colliers de pierre précieuses, des instruments de chasse, des statuettes, des chaussures en peau etc.

Sandales devant le stand du Ouaddaï au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane
Ardoise au milieu de chapelets et autres colliers. Photo : Annadjib Ramadane

Et parfois des livres qui parlent de la région. L’occasion d’apprendre énormément de la culture des autres.

Les différents tatouages des chameaux chez la communauté Zakawa. Photo Yacoub Doungous

Outre les stands et habitations, on pouvait aussi assister aux danses des différentes délégations.

Des danses et encore des danses

Si on devait résumer le festival en un mot, ce serait certainement « danses ». Durant les 12 jours du festival, on a eu droit toute la journée à des danses interminables. Chaque après-midi à la tribune de la place de la nation, 2 régions étaient invités à faire des prestations de danse devant une foule immense constituée d’officiels, de personnes venues en famille, d’amateurs de danses et de curieux. Une sorte de Battle traditionnelle avec des youyous, des sauts et des personnes qui battent inlassablement des mains.

Danseurs du Mayo Kebbi au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Pendant que certains dansaient à la tribune, d’autres délégations dansaient devant leurs stands.

Danseuses du Logone Oriental au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Vu l’affluence des personnes et la taille moyenne de l’endroit, on se senti très vite à l’étroit et de justesse, on évita à plusieurs reprises les débordements.

Les infatigables danseurs du Kanem au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Après les danses qui se terminent généralement avant le coucher du soleil, place aux concerts et autres prestations artistiques.

Des soirées animées

Personnellement, je n’ai assisté à aucune des soirées du festival Dary, mais vu ce que j’ai pu observer, lire sur internet ou même entendre, les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands. Concerts, pièces de théâtres, Stand-up etc. Des artistes étrangers ont été invités et même un artiste tchadien vivant à l’étranger est venu pour faire un concert.

Epilogue

Je ne suis passé que 2 fois au Festival Dary. Lors de ma première visite, j’ai pris tout mon temps pour visiter les stands et prendre des photos.

Une femme de l’Ennedi-Est au Festival Dary. Photo : Yacoub Doungous

Lors de la seconde, j’avais un sentiment de déjà-vu. Les mêmes stands, les mêmes danses… il n’y avait pas vraiment de nouvelles activités, d’expositions ou de jeux comme promis par les organisateurs.

Sacs, coussins et chapeaux en peau au Festival Dary. Photo : Annadjib Ramadane

Quoi qu’il en soit, le festival Dary était une bonne initiative. Bravo aux organisateurs.

Bonne année à tous. Mes meilleurs vœux.

Annadjib


À N’Djaména, les « sorties » ou moments de détente

À N’Djaména, le weekend, il est habituel de voir aux différentes sorties de la ville des marchands ambulants courir vers les voitures pour vendre du pain et différents légumes. Des voitures et pickups, le plus souvent bondés de monde, avec à l’arrière des moutons, des thermos, des boissons gazeuses, du bois de cuisson, des marmites, du matériel de grillade etc.

Toutes ces voitures qui défilent vont en « sortie ». Les sorties sont une sorte de pique-nique à la tchadienne. Les weekends, beaucoup ont pris l’habitude de quitter très tôt la ville pour passer la journée dans leurs vergers – ou ceux de particuliers – situés à quelques kilomètres de la ville, ou même sous les arbres situés au bord des fleuves environnants. Le but de ces sorties est simple : prendre du bon temps et oublier les problèmes de la ville.

Les sorties, ces moments de détente.

Les sorties font partie intégrante de la culture populaire tchadienne. Tout le monde y va. Jeunes, vieux, hautes autorités… car, d’un côté, avoir un verger est assimilé à un signe de richesse, et de l’autre, c’est un investissement qui profite à tout le monde, car même ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir leur propre verger, peuvent venir passer la journée dans celui d’un parfait inconnu, à condition d’avoir l’autorisation du gardien des lieux.

Les sorties se déroulent généralement de la même façon.

Préparation du repas

Après installation et répartition des tâches, on procède à l’abattage et au dépeçage du mouton. L’équipe chargée de la cuisine va d’abord préparer le Marrara ou tripes qui seront servies en guise de petit déjeuner en attendant le repas de midi.

Un plateau de Marrara. Photo : Annadjib Ramadane

Au déjeuner, on consomme principalement de la viande grillée et du Djogdjoga (ragoût de mouton).

Grillages. Photo : Annadjib Ramadane

Entre les repas, on peut même profiter pour boire du lait frais de chamelle que l’on trouve dans les environs.

Jeux et discussions

Les sorties étant des moments de détente, on passe le plus clair du temps à parler de tout et de rien. On se raconte des blagues, nos souvenirs du quartier, l’essentiel étant de rire et d’oublier les problèmes de la ville. Quant à ceux qui n’aiment pas trop parler, ils s’occupent avec des jeux comme le Scrabble, le Monopoly ou les cartes.

Une partie de Scrabbles. Photo : Annadjib Ramadane

La partie de Monopoly fut terriblement longue, car beaucoup ne comprenaient pas bien les règles du jeu.

Partie de Monopoly. Photo : Annadjib Ramadane

Des sorties pour le budget de tout un chacun

Il n’est pas compliqué d’organiser une sortie. La plupart du temps, les personnes intéressées cotisent selon leur nombre, leurs destination et leurs moyens. 2000, 4000, 5000 ou même 10.000 Fcfa. Des budgets qui sont à la portée de tout un chacun, de l’écolier au chômeur vétéran, en passant par le cadre moyen. Donc, si vous êtes fatigués par N’Djaména et que vous voulez vous changer les idées, vous savez quoi faire !

Annadjib


À N’Djaména, le blanchiment de la peau est devenu banal

À N’Djaména, capitale de la république du Tchad, le blanchiment de la peau est devenu une pratique banale, comme dans beaucoup d’autres villes du continent africain.

Le blanchiment de la peau, pratique sans cesse décriée pour ses conséquences néfastes sur la santé de ceux qui la pratiquent, est devenue en quelques années un véritable phénomène de société à N’Djaména. Les produits éclaircissants, ou « ambi » comme ils sont communément appelés ici, se vendent comme des petits pains.

Le phénomène touche quasiment toutes les couches de la société. Riches, pauvres, jeunes et vieux. Bien qu’il est devenu banal, le blanchiment de la peau est un sujet tabou avec différentes causes.

Plaire aux hommes

Lors de ma petite enquête sur le sujet, la réponse qui revient le plus souvent c’est que les N’Djaménoises se blanchissent la peau pour plaire aux hommes. Car il faut l’avouer, à N’Djaména, pour beaucoup, c’est la couleur de peau d’une femme qui fait sa beauté. Les femmes à la peau claire, dites Hamra, sont celles qui rencontrent le plus de succès auprès des hommes. Elles sont présumées avoir plus de chances de se marier, et certaines familles peuvent même par ricochet réclamer une dot considérable contre la main de leur fille.

Complexe d’infériorité

Certains évoquent le complexe d’infériorité comme cause du blanchiment de la peau. La clarté de la peau étant devenu un standard de beauté, les femmes avec une peau d’ébène, mal dans leur peau, vont tôt ou tard se l’éclaircir. Plus étonnant encore, il arrive que même des femmes naturellement « claires » utilisent des produits pour s’éclaircir la peau, ce qui revient à un concours silencieux de beauté où la gagnante sera celle qui, à long terme, aura la peau la plus blanche. Peu importe les risques qui vont avec.

Un sujet tabou

Le blanchiment de la peau est un sujet tabou à N’Djaména. Les jeunes filles se blanchissent la peau sous le regard parfois complice de leur entourage, on se partage des conseils sur quel type de crème utiliser, quelle injection prendre pour détruire de l’intérieur les pigments de la peau et avoir une peau digne d’une métisse ou d’une blanche, sans se préoccuper des dangers de la pratique. Car, selon les médecins, cela cause des boutons, cicatrices, vergetures, mauvaises odeurs (de brûlé) et même des cancers.

Les hommes, présumés cause principale du phénomène, font semblant et n’évoquent que très rarement le sujet. Sûrement pour éviter de se faire traiter de « tapette », car ici un homme qui s’intéresse à ce genre de sujet est très mal vu. Alors qu’il suffirait de discuter sérieusement sur le problème pour faire changer les choses. Car ce ne sont pas tous les hommes qui fantasment sur les femmes à peau claire.

Quant à moi, j’avoue avoir une grande attirance pour les femmes qui savent cuisiner…

Annadjib


Y a-t-il des influenceurs au Tchad ?

Il y a une question que je me pose depuis un moment. A-t-on des influenceurs au Tchad ?

L’influenceur ou web-influencer est un terme né sur les réseaux sociaux. Il désigne principalement quelqu’un de très actif sur les réseaux sociaux, suivi par des milliers de personnes et qui par son statut peut influencer leurs habitudes de consommation, leurs manières de penser. En bref, un leader d’opinion qui est parfois sollicité par des marques, entreprises, hôtels, ONG… pour leur faire de la publicité, lancer des campagnes numériques, etc. Ces influenceurs sont pour la plupart spécialisés dans un domaine particulier. C’est pour ça qu’on parle d’influenceur beauté, mode, sport, tech, voyage, politique, etc.

Alors le Tchad, pays qui, sur près de 15 millions d’habitants, a environ 800 000 internautes et près de 300 000 utilisateurs des réseaux sociaux, a-t-il des influenceurs web ?

Des leaders d’opinion, mais sans les marques qui vont avec

Il est certain qu’au Tchad, on a des personnes qu’on peut qualifier de leaders d’opinion sur les réseaux sociaux. Personnalités politiques, artistes, activistes, humoristes, vidéastes et blogueurs qui, à chaque publication, génèrent un nombre impressionnant de likes et d’interactions.

Mais d’un point de vue marketing, il n’y a quasiment pas, à ma connaissance, de leaders d’opinion ou d’influenceurs qui collaborent au Tchad avec des marques. D’ailleurs au Tchad, on n’a pas vraiment beaucoup de marques ; et les entreprises qui ont de véritables stratégies numériques se comptent sur le bout des doigts.

L’économie numérique est quasiment au point mort et cela explique pourquoi la plupart des entreprises basées au Tchad préfèrent les bonnes vieilles méthodes commerciales qui se résument aux panneaux publicitaires, spots télévisés et communiqués radios.

De la difficulté d’influencer un internaute tchadien

L’internaute tchadien est particulier. Il peut liker, commenter et partager une publication, mais quand il s’agit d’un appel à l’action (participer à une campagne numérique, utiliser tel hashtag pour faire passer tel message, participer à une collecte de fonds, assister à un atelier ou une conférence) de la part de ces influenceurs, on remarque qu’il n’y a vraiment plus personne. Car il faut l’avouer, la plupart des internautes tchadiens sont d’abord influencés par des critères comme la religion, l’ethnicité, le sexe et l’appartenance politique.

Tout ça pour dire qu’au Tchad, au lieu de parler d’influenceurs, on pourrait tout simplement parler de « personnes connues sur internet ».

Annadjib