Annadjib Ramadane

Au Tchad, une ordonnance encadre les blogs

Le 18 mai 2018 a marqué au Tchad la naissance par ordonnance d’une nouvelle autorité chargée de réguler le paysage de la communication : la Haute autorité des médias et de l’audiovisuel (HAMA), donc subsidiairement les blogs.

Contrairement à l’ancienne autorité qui s’occupait uniquement des médias traditionnels, la nouvelle peut exercer sa compétence sur les médias en ligne et les blogs, selon l’article 1er de l’ordonnance fixant ses modalités d’organisation et de fonctionnement. Une innovation majeure dans un pays où le vide juridique entoure quasiment toutes les questions relatives au numérique.

Vu qu’ils sont explicitement visés par la HAMA, les blogs tchadiens sont désormais encadrés juridiquement, ce qui va tout changer.

Les blogs sont désormais soumis à diverses obligations

Vu les articles 3 et 9 de l’ordonnance, les blogs sont désormais soumis à des obligations légèrement semblables à celles des médias traditionnels :

  • Respect des valeurs culturelles nationales,
  • Respect de l’ordre public,
  • Respect de la vie des citoyens,
  • Publier des informations libres, complètes et veridiques.

Les blogs devront donc faire très attention avant d’aborder certains sujets qui pourront êtres jugés contraires aux valeurs culturelles nationales ou à l’ordre public, car ces deux notions ne sont pas clairement définies dans l’ordonnance.

Par exemple, la question de l’homosexualité est tabou au Tchad. Un blog qui parlera de la pratique sans la condamner, ou qui essaiera de la justifier pourrait être considéré comme irrespectueux des valeurs culturelles nationales. Idem pour la couverture de manifestations jugées contraires à l’ordre public.
Les blogs devront également faire attention à bien vérifier leurs informations, préciser les sources, éviter les injures, ragôts et diffamations. Les blogs devront donc aussi faire attention aux articles sarcastiques qui pourraient êtres mal interprétés.

Des sanctions plus ou moins efficaces

Le non-respect de ses diverses obligations entraînera des sanctions, traitées par l’article 10 de l’ordonnance.

Bien que la plupart des sanctions soient spécialement taillées pour les médias, la HAMA peut par analogie infliger des amendes aux blogs contrevenants. Je déduis qu’elle peut aussi demander leur censure à défaut de pouvoir les fermer.

Qu’est ce que ça va changer concrètement dans la blogosphère tchadienne ?

Concrètement, la nouvelle autorité ne va pas changer grand chose à l’élan actuel des blogs tchadiens.
La majorité des blogueurs actifs sont situés à l’étranger et je doute qu’ils soient inquiétés par cette autorité qu’ils jugeront sûrement comme le reflet d’un régime autoritaire, qui est aussi la cause de l’exil de beaucoup d’entre eux. Au pire, ils ne risquent que la censure. Les veinards…

Annadjib


La blogosphère tchadienne, entre désertion et déception

Il n’y a plus de blogosphère tchadienne. Ou peut être qu’il n’y a en a jamais eu, difficile à dire.

D’après les informations que j’ai pu recolter ici et là, la blogosphère tchadienne n’est pas aussi jeune qu’on le pense. Les premières traces de blogs tchadiens remontent aux années 2002-2004. Puis de 2006 à nos jours, la blogosphère tchadienne a connu une sorte d’expansion avec la création de près d’une centaine de blogs. Et puis, plus rien…

La blogosphère tchadienne est remplie de déserteurs et de blogs fantômes

Si on devait résumer la blogosphère tchadienne en quelques mot, ce serait : le vide.

Derrière cette masse de blogs et d’individus qui se réclament plus ou moins blogueurs sur les réseaux sociaux, alors que pour la plupart, ils n’ont même pas de blogs, il n’y a malheureusement rien. Au delà du paraître, le blog c’est avant tout le contenu. Un contenu régulièrement mis à jour et parfois diversifié. Un contenu qui manque cruellement à la blogosphère tchadienne.

En fouillant avec ardeur sur le web, on tombe sur une multitude de blogs tchadiens à l’arrêt. Des blogs qui, pourtant étaient bien partis : contenu diversifiés, régularité et surtout une certaine passion s’en dégageait. Et du jour au lendemain, plus rien. La passion disparaît et on passe naturellement à autre chose.

J’ai aidé quelques amis à créer et configurer un blog. J’en ai suivi quelques uns au cybercafé et j’ai entendu en vain qu’ils postent leur 1er billet.

Le problème avec la perception du blogging qu’on a au Tchad, c’est que beaucoup sont persuadés qu’il suffit juste de créer un blog et le contenu viendra. Alors que c’est faux. C’est pour ça que je suis contre l’idée d’organiser à tout bout de champ des formations en blogging, car on rassemble juste des curieux qui savent pas comment tuer le temps, on les « force » à créer un blog et à rédiger leur 1er article qui sera forcément le dernier. Et c’est comme ça qu’on fabrique des déserteurs et des blogs fantomes.

La blogosphère tchadienne, une déception

C’est triste à dire, mais ceux qui sont entrain de tuer à petit feu la blogosphère tchadienne, ce sont les blogueurs eux même.

D’un côté on a les activistes politiques : ce sont les plus nombreux. J’ai rien contre eux, mais grâce à leur remarquable héritage, la blogosphère tchadienne se résume à du contenu négatif. Attaques personnelles contre tel homme politique ou proche du régime, colportage de ragots sans vérifier les sources etc.
Et ce qui est étonnant avec cette pratique du blogging, c’est que ça marche. Elle crée des célébrités, elle joue énormément quand on fait une demande d’asile et elle transforme parfois des inconnus en experts du pays sur de grandes chaînes internationales. Bravo.

De l’autre côté, on a les simples blogueurs qui ont trouvés toutes les raisons du monde pour arrêter de bloguer. Bloguer au Tchad est certe difficile, mais faut quand même faire des efforts, accepter les critiques et essayer chacun de son côté de faire bouger les choses.


Dans un prochain billet, je vais essayer d’expliquer ce que ça coûte d’être un blogueur au Tchad, pourquoi les blogs tchadiens sont à l’arrêt.
À très bientôt.

Annadjib


Tchad : à N’Djaména, les cybercafés se réinventent

À N’Djaména, capitale de la République du Tchad, l’heure de connexion internet, dans la majorité des cybercafés, coûte environ 1000 FCFA (soit environ 1,50 €). Ce qui est, comparé au Cameroun voisin, cinq fois plus cher.

Ce prix est élevé, surtout pour un débit qui n’est pas très adapté aux téléchargements. Ainsi les cybercafés de la capitale sont principalement fréquentés par des personnes qui veulent ouvrir un compte mail, un blog (pour les curieux), ou déposer une candidature pour une bourse étrangère.

Certains cybercafés ont décidé d’accomplir un revirement après avoir remarqué la diminution continue de leur clientèle.

Les cybercafés, nouveaux fournisseurs de l’internet mobile

Selon une étude menée cette année par HOOTSUITE et We Are Social, le Tchad compte plus de 750 000 utilisateurs internet, dont 89% via téléphone mobile (contre 9% via ordinateurs).

Les cybercafés ont perçu le potentiel du marché et ont décidé de tout miser sur l’internet mobile. On constate qu’à N’Djaména, les cybercafés n’ayant plus aucun ordinateur se multiplient. Il n’y a qu’un seul ordinateur : celui du gérant, comme dans ce cybercafé près du lycée de la Liberté où des lycéens ne cessent de défiler téléphone à la main.

Le cybercafé fournit un accès temporaire à son WI-FI, via un code. À partir de 500 FCFA, on a 125MB, soit quatre fois moins cher que chez les opérateurs téléphoniques locaux et sans aucune censure ou restriction.

« Pour l’instant, on peut se connecter ici ou au quartier Ndjari. On prevoit des points de relais dans différents quartiers de la capitale. Dont Diguel, Mardjandaffack…».

Dixit le gérant qui est entrain d’inscrire sur un bout de papier un code pour un client.

Faire bouger les choses à long terme

Différents cybercafés de la capitale ont opté pour ce nouveau modèle économique. Ils utilisent le bouche à oreille pour se faire connaître et prévoient même des ristournes et des forfaits téléchargements pour les clients fidèles.

Vu que les cybercafés de la capitale se fournissent principalement à l’étranger, ils peuvent facilement faire baisser leurs prix.

Et qui sait, à long terme, ils pourront peut-être faire pencher la balance et obliger les opérateurs téléphoniques à revoir à la baisse le prix des forfaits internet !

J’espère que cela nous permettra de voir moins de jeunes attroupés comme des margouillats près des hôtels de la ville, en train d’essayer désespérément de capter un réseau WI-FI !

Annadjib


Ma semaine à Bol, au bord du lac Tchad

Quand on m’a proposé de participer pour une semaine à une campagne de prévention du VIH et des grossesses non désirées dans la ville de Bol, je n’ai pas hésité une seconde.

Disons que c’était une occasion de visiter une ville inconnue et de me faire un peu d’argent. Surtout que c’était la première fois de ma vie que je devais recevoir une rémunération, et peu importait la somme, il n’était donc pas question de manquer cela. Soit.

C’est dans cet état d’esprit que je me suis retrouvé un dimanche matin dans un 4×4 en direction de la ville de Bol.

Le départ pour Bol

Bol est une ville située dans la région du lac. La plus grande ville d’une région tristement célèbre au Tchad, car quand on en parle, c’est pour rappeler que le lac Tchad est toujours en danger, ou que les terroristes qui sont cachés dans la région ont encore frappé. Avant le départ, j’étais persuadé que la ville était située quelque part au sud du pays, pas très loin de la ville de Moundou. Au contraire, on a pris la route est qui passe par la ville de Massaguet, on a dépassé la ville de Massakory, puis on est descendu du bitume pour emprunter un chemin pénible, plein de sable et de détours. Apres 8 heures de trajet, on arriva enfin à la ville de Bol qui est pourtant à moins de 200 kilomètres de N’Djaména.

Massakory,Tchad
La ville de Massakory. Crédit photo : Annadjib.

Le début des activités

Le lendemain de notre arrivée, la campagne fut lancée dans l’après-midi en face de la grande mosquée de Bol, en présence des autorités locales, militaires et administratives. Suite à quelques discours, le dépistage débuta enfin. La campagne en question fut organisée par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), le ministère de la santé publique et d’autres partenaires. Le but principal de la campagne était d’endiguer à moyen terme l’épidémie de VIH qui sévit dans la région du lac, à travers des dépistages et sensibilisations, et accessoirement de sensibiliser aussi les populations locales aux enjeux de la planification familiale.

Lycée, centres de santés, espaces publics, villes et villages environnants ont été les théâtres des opérations car dans la région, le VIH fait d’énormes dégâts.

Les dégâts du VIH dans la région du Lac

Selon les chiffres du Fonds des Nations Unies pour la Population, à propos du VIH dans la région du lac, sur près de 25000 personnes dépistés, 2% auraient le SIDA. Près de 2000 personnes sont sous anti-rétroviraux et autant de personnes seraient atteintes par la maladie sans le savoir. La maladie est beaucoup plus présente dans les villages servant de camp de passage et dans les camps de réfugiés. Lors de la campagne de dépistage, il n’était pas étonnant de trouver des séropositifs de tous âges, certains avaient la soixantaine, d’autres juste la quinzaine. Mais malgré le VIH et les terroristes, Bol est une ville pittoresque.

Bol, une ville pittoresque

Bol est une ville pleine de sable. Marcher est carrément fatiguant. Le paysage est marqué principalement par les 4×4 de diverses organisations internationales et ONG qui défilent incessamment et des chameaux chargés de lait, bois, tapis et diverses marchandises, faisant penser à une ville du désert.

Puisque Bol est au bord du lac Tchad, le poisson est une des richesses de la ville. En soirée, des odeurs de fritures entourent le marché.

Poissons Bol
Poissons fraîchement péchés par des enfants. Crédit photo : Annadjib.

L’eau consommée en ville est légèrement salée, la présence de natron dans l’eau lui donne un teint légèrement rougeâtre.

Dans l’après-midi, les populations locales vont au bord du lac pour se baigner, faire la lessive, se reposer ou  pêcher.

Pirogue Bol
À Bol, on utilise des pirogues pour aller d’îles en îles. Crédit photo : Annadjib.

Même si je n’ai pas eu beaucoup de temps pour me promener, je retiens de Bol une ville accueillante, riche culturellement et surtout ses jeunes filles qui nagent en soirée au bord du lac et dont la beauté n’a rien à envier à celle des sirènes (sauf une nageoire bien sûr).

Annadjib


La question du contenu local tchadien sur internet

Les rares fois où les acteurs, curieux et intéressés des réseaux sociaux et du numérique au Tchad se rencontrent à l’occasion d’un atelier, d’une conférence, d’une formation, ou d’un évènement quelconque, la question de l’image du pays sur internet ou « contenu local tchadien » est toujours abordée.

La plupart du temps, un intervenant explique que quand on fait une recherche avec le mot « Tchad » sur un moteur de recherche, on tombe toujours sur des images et articles qui montrent une mauvaise image de notre pays (on raconte que c’est grâce aux médias sponsorisés par les impérialistes et ex colons de l’occident). Président de la république par-ci, étudiants et manifestants battus par-là, offensive de nos soldats contre des terroristes… En bref, aucun contenu positif dans les résultats de la recherche.

La question du contenu local tchadien sur internet, bien que toujours abordée, est quasiment négligée par l’absence de propositions concrètes. Un « ça doit changer » répété chaque fois ne suffit guère à faire évoluer les choses. On ne fait qu’évoquer le problème, on se dit que la solution se trouve peut-être entre les mains des milliers d’internautes tchadiens, puis, on enchaine avec un atelier plus sérieux comme « Réussir dans l’Agro business grâce à un Business Plan viable ».

Contenu local tchadien et négativisme général

Pour faire simple, le contenu local tchadien dont on parle ici, ce sont des informations ayant un lien très étroit avec la vie quotidienne du tchadien. Des données proches de sa réalité, censées être produites par lui-même et inspirer tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin au Tchad. Une sorte de base de données consultable à tout moment et ayant une forte valeur ajoutée.

Donc un maximum de contenu positif « Made in Chad » ayant pour consommateur principal l’internaute tchadien.

Contrairement à ce que l’on pense, il y a du contenu local tchadien sur internet. Bien qu’en petites quantités comparées à celles d’autres pays de la sous-région, textes, vidéos, images podcasts « Made in Chad » circulent sur la toile et animent plus de 750.000 internautes tchadiens (bientôt le million).

Mais malheureusement, pour la plupart ce n’est pas du contenu positif.

Les internautes tchadiens sont friands de contenus négatifs…

Si j’ai pu retenir quelque chose en 5 ans d’observation des internautes tchadiens, c’est qu’ils sont devenus accrocs aux mauvaises nouvelles, aux scandales et rumeurs parfois puériles. La toile tchadienne a toujours été inondée par du contenu négatif, et cela, un peu grâce aux opposants du pouvoir en place.

Ces opposants sont pour la plupart des exilés qui ont refusé de couper les liens avec le pays, ils sont omniprésents sur internet, ils dénoncent dès qu’ils en ont l’occasion. Idolâtrés par des milliers d’internautes, ils sont devenus des références ultimes. C’est ainsi que la dénonciation est devenu le fil directeur de la toile tchadienne, à tel point que quand il n’y a aucun scandale à se mettre sous la dent, internet parait fade.

… ce qui décourage ceux qui veulent parler positivement du Tchad.

Entre ceux qui voient le verre à moitié vide et ceux qui ne voient pas du tout de verre, il existe quelques optimistes et rêveurs qui essaient tant bien que mal de parler positivement du Tchad.

Ce sont quelques utilisateurs de reseaux sociaux et détenteurs de sites Web qui ont fait le choix de ne parler que positivement du pays.

Sur Instagram, il n’y a que de belles photos du pays. Sites touristiques, villages accueillants… Un autre Tchad par rapport aux images véhiculés sur un réseau social comme Facebook.

Sur Facebook, bien que par rapport aux autres réseaux sociaux c’est le repère du mal, de plus en plus d’internautes parlent positivement du Tchad. Des pages culture, astuces beauté, cuisine locale, vidéos humoristiques etc font succès, contrairement à certains sites Web et blogs tchadiens.

Le cas des sites Web tchadiens

Il y a beaucoup de sites Web tchadiens, pour la plupart, ce sont des sites d’informations tenus par des journalistes ou par des hommes politiques. Leur contenu varie entre l’écrit et des vidéos d’interviews. Quant aux sites Web culturels, à ma connaissance, il n’y a actuellement qu’un seul actif au Tchad.

Les blogs tchadiens

La majorité des blogs tchadiens sont tenus par des activistes, hommes politiques et exilés, ayant pour champ de prédilection la politique. Ces blogs sont lus, connus et plus actifs par rapport aux autres blogs tchadiens.

Les autres blogs tchadiens sont tenus par des particuliers qui utilisent leur blog comme la vitrine de leurs humeurs, leur vécu, etc.
La majorité de ces blogs sont pour la plupart inactifs. Syndrome de la page blanche, inactivité, procrastination, désintéressement et surtout le prix de la connexion internet décourage tous ces jeunes qui voudraient utiliser leur blog pour parler autrement du pays.

Et vu qu’au Tchad il n’y a pas de communauté de blogueurs comme dans d’autres pays, le contenu local tchadien sur internet ne peut compter que sur les utilisateurs des réseaux sociaux pour faire bouger les choses.

Annadjib


Le Tchad de nos cauchemars

Le Tchad cause des cauchemars à beaucoup de Tchadiens. Surtout depuis que notre rêve est en péril. Le rêve tchadien.

Vous savez, ce rêve qui consiste à sortir tôt le matin de chez soi, cartable à la main, pour passer la journée dans un ministère de la place et rentrer fier l’après midi en écoutant au loin des « DG Allah yansourak ».

Quel est ce pays où les gens font des études et où le gouvernement leur dit qu’il n’y a pas de travail ?

À cette question de ma mère, je n’ai pas vraiment eu de réponse satisfaisante. J’aurai pu dire qu’il y a tellement de fonctionnaires que l’Etat n’a plus les moyens de les payer ; qu’on a mal géré joué avec l’argent du pétrole ; ou que quelques hauts cadres, intellectuels de la république, avec la bénédiction de notre oppresseur bien aimé, ont réussi à « hypothéquer » l’avenir de millions de personnes (pour ne pas dire tout un État) auprès d’une banque qui a tout de ces cruels prêteurs sur gage qu’on voit dans les films mafieux.

Je me suis contenté de dire que c’est à cause de la crise économique

La crise, c’est la réponse (pour ne pas dire l’excuse favorite) de nos gouvernants depuis plusieurs années. La principale cause des maux du peuple tchadien. Beaucoup de pays sont dans le même marasme, mais le peuple tchadien a l’air d’être celui qui en souffre le plus. Salaires coupés, grèves interminables, écoles désertées, inflation continue du prix des produits de première nécessité… et surtout une résignation de nombreuxde tchadiens.

Puisque le gouvernement parle sans arrêt de crise, la crise est devenue l’excuse de beaucoup pour justifier leur inertie.

Je ne sors plus de la maison

C’est devenu banal, surtout à N’Djaména, de trouver des jeunes dont le mode de vie et le quotidien n’ont rien à envier à celui de vieux retraités.

Casaniers par excellence, ils ne sortent de la maison que pour aller à la boutique du coin.

Le quartier est devenu leur réserve naturelle. Ils passent la journée à regarder la télé ou des films et des séries sur leur PC, et pour ceux qui n’ont pas encore accès à l’électricité, la radio rythme leurs journées.

Ils survivent grâce à leur pension, irrégulière mais généreusement versée par les parents. Elle sert principalement à acheter du crédit téléphonique, pour faire signe de vie ou pour s’enquérir chez les amis de rumeurs. Bien que toujours douteuses, les rumeurs réussissent à donner la bonne humeur.

Et quand on croise les jeunes en ville, c’est toujours à l’occasion de cérémonies familiales (Oudours), ils sont là, avec le regard vide. Il ne faut jamais leur demander des nouvelles de quelqu’un ou ce qu’ils deviennent car ils répondront certainement : Gaïd Sakit (il ne fait rien).

Et moi, quand on me demande si je vais enfin me bouger, si je vais enfin aller « arranger » mes dossiers pour les déposer à la fonction publique, je réponds qu’on ne recrute plus là bas.

Beaucoup ne sont toujours pas au courant du gel de la fonction publique. On peut expliquer cela par le fait qu’au Tchad on a environ 90.000 fonctionnaires sur près de 15 millions d’habitants. C’est près de 0,7% de la population.

Malgré tout cela, il y a quand même des réussites

Malgré la crise et le pessimisme ambiant à N’Djaména, accentués par la chaleur et la pousssière, beaucoup de jeunes arrivent à s’en sortir.

Le privé recrute comme toujours.

Les administrations, entreprises publiques et para-publiques recrutent aussi, mais dans la plupart du temps secrètement. C’est à dire que, quand on a besoin de quelqu’un, on ébruite rien, on le fait savoir qu’à nos proches.

Fortis Fortuna Adiuvat (la fortune aussi aux audacieux)

On dit que la chance sourit aux audacieux ? Mais ça n’est pas vraiment le cas au Tchad. Entre les jeunes qui se battent pour avoir un stage et qui sont exploités durant des mois pour être finalement remerciés par une simple lettre, et ceux qui multiplient les dépôts de dossiers pour être finalement recalés par manque d’expérience… on peut dire que la chance ne sourit pas à ces audacieux là. Ceux qui sortent du lot et à qui la chance sourit, ceux-là qui sont-ils ? Les pistonnés.

La chance sourit aux pistonnés

Un jour, je parlais avec un ami et j’évoquais la réussite d’une connaissance, en donnant son exemple je parlais de « destinée », mais mon ami m’a rectifié : <<C’est pas le destin ça, c’est le fruit d’un appui>>.

Épilogue.

Vivre au Tchad c’est pas compliqué.

Il suffit de toujours voir le bon côté des choses. Se satisfaire de ce que l’on a. Rien ne sert d’être jaloux des autres.

Au lieu de se laisser dévorer par l’ambition, il vaudrait mieux se contenter de flotter comme un cadavre sur une rivière.

Annadjib


L’état du digital au Tchad en 2018

Comme tous les ans, We Are Social et Hootsuite publient un rapport sur l’état du digital dans le monde. Depuis 2017, le Tchad a été inclus dans cette prestigieuse étude. Sans plus tarder, quel est l’état du digital au Tchad en 2018 ? Selon le rapport, sur les 15,13 millions d’habitants que compte la république du Tchad, seul 5% utilisent Internet. Donc plus de 756000 utilisateurs. Cependant, bien que juste 5% de la population utilise Internet, le digital est en pleine croissance au Tchad. Une hausse remarquable des utilisateurs d’internet. De janvier 2017 à janvier 2018, le nombre d’utilisateurs d’internet au Tchad a augmenté de 90%. On est passé de moins de 400 000 à plus de 756 000. Chose remarquable dans un pays où la connexion Internet est l’une des plus chère au monde, un véritable handicap. Le mobile, outil préféré des inernautes tchadiens. Selon le rapport, 89% des connexions Internet au Tchad se font via mobile, 9% via ordinateurs (les entreprises certainement) et 2% via tablettes. Quasiment 0% via les consoles de jeux, ce qui prouve que tant la connexion Internet restera chère au Tchad, l’e-sport n’existera pas au pays. Les reseaux sociaux les plus utilisés au Tchad. Cette année, Instagram fait son entrée dans le classement des reseaux sociaux les plus utilisés au Tchad avec pres de 23 000 utilisateurs par mois, dont 77% d’hommes. Sans surprise, Facebook reste le réseau social préféré des tchadiens avec 280 000 utilisateurs par mois. Snapchat et Twitter sont absents car ils atteignent à peine le millier d’utilisateurs actifs par mois dans le pays/

Les top recherches des tchadiens sur google en 2017. En première position vient le mot « Tchad« , en deuxième « PMU » et le reste c’est la passion favorite des jeunes : le foot. Malheureusement aucun site Web local dans le top des recherches.


Pour aller plus loin : le rapport complet.

Crédit images : Hootsuite and We are social.

Annadjib


Le Mali et le tweet de la discorde

Ces derniers temps, la situation est explosive au Mali. En moins d’une semaine, près de 60 personnes ont péri suite à des attaques terroristes et des explosions de mines. Les victimes sont principalement de malheureux civils et des soldats maliens. Une situation chaotique qui arrive à un moment où, d’un côté, l’armée malienne a des difficultés à discipliner ses troupes qui souffrent apparemment du syndrome de la désertion chronique, et de l’autre, des civils qui commencent à se demander quand va cesser cet horrible cauchemar, quand soudainement, un tweet fait parler de lui.

C’est dans ce contexte tendu qu’un tweet a scandalisé bon nombre d’internautes maliens.

Suite à un tweet annonçant une attaque kamikaze qui a fait quatre morts du côté des Forces Armées Maliennes,

le correspondant au Mali de RFI, France24 et FranceInfo s’est un peu lâché dans un tweet.

Pour moi, ce tweet n’est que de l’humour noir, mais comme vous le savez, le sens de l’humour c’est quelque chose de très subjectif, ça dépend d’où l’on se situe. Proche des victimes, journaliste étranger, un voisin du Mali, etc.

Twitter. Crédit image : Pixabay.

Evidemment le tweet n’a pas plu aux internautes maliens qui ne se sont pas gênés pour lui répondre. Citer ici les tweets des internautes maliens serait fastidieux, il faut retenir pour l’essentiel qu’ils se sont indignés qu’un « simple journaliste » qui, selon certains twittos, aurait été dégagé auparavant de la République Centrafricaine, puisse salir l’image de tous ces malheureux tués par les djihadistes. Pourquoi il ne fait pas de l’humour noir sur ce qui arrive en France ?

Le tweet de trop ?

Le tweet d’Anthony Fouchard pourrait bien être son dernier sur le sol malien. Quelques heures après son tweet, on apprend que le gouvernement malien s’en est mêlé : son accréditation est suspendue en attendant de savoir s’il est opportun de l’expulser comme cet instituteur français qui a évoqué l’Azawad dans un devoir de classe.

Et la liberté d’expression dans tout ça ?

Selon la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Bien que la liberté d’expression ne soit pas absolue, je ne pense pas que le tweet ait dépassé les limites.

freedom of speech
freedom of expression. Crédit image : KathmanduPost

C’est peut être parce qu’il est journaliste que le tweet pose tant de problèmes.

Il y a quelque temps, le New York Times a publié des règles que doivent suivre ses journalistes sur les réseaux sociaux, notamment traiter les internautes avec respect car « vos tweets n’engagent pas que vous. ». l’AFP s’est dotée d’une charte très précise à ce sujet, qu’on peux retrouver ici rien ne peut obliger Anthony Fouchard à supprimer son tweet ou même présenter des excuses aux « sybilles » du net. Cependant il a posté une heure et demi après son tweet un autre précisant ses intentions.

 

Pour conclure :

Annadjib


Tchad : silence, on manifeste.

On est le 25 janvier 2018 à N’Djaména, au Tchad, et la connexion internet est coupée !

L’année 2018 commence au Tchad sous le signe de l’austérité. Dès le début du mois de janvier, le gouvernement tchadien a émis l’idée de procéder à un abattage des salaires, histoire de « baisser la masse salariale et de consacrer plus de ressources pour financer le développement économique du pays ». S’en est suivi, du jour au lendemain, une hausse des prix du carburant. Le prix de l’essence est passé de 523 Fcfa à 570 Fcfa, et le Gasoil de 568 Fcfa à 590 Fcfa. Pour exprimer leur ras le bol, suite à la montée du prix du carburant, le syndicat des transporteurs du Tchad a organisé le 22 janvier une journée sans transport. Journée qui a coïncidé avec une manifestation de lycéens. La manifestation fut dispersée avec dextérité par nos forces de l’ordre.

Selon le porte-parole de la police, 143 personnes ont été interpellées dont principalement des lycéens.

De son côté, la société civile tchadienne a initié une marche pacifique dans les recoins de la capitale pour le 25 janvier. Mais suite à une rencontre le 23 janvier avec des membres du gouvernement, 7 des 8 initiateurs de la marche ont accepté un report, sauf le secrétaire général de la Convention Tchadienne des Droits Humains, qui a néanmoins appelé la population à sortir en masse.

Une manifestation interdite par le gouvernement.

 

La marche du 25 janvier, initiée par la société civile, a pour but d’exprimer le mécontentement de la population qui en a assez de faire les frais des mesures d’austérité imposées par le gouvernement. Ce dernier est considéré comme principal responsable de l’état actuel du pays.

Le gouvernement  a utilisé tous les moyens pour informer la population de l’interdiction de la marche du 25 janvier. Communiqués radios, télés et même des SMS.

Ce qui fut insuffisant pour empêcher les gens de sortir. La seule option restante était de couper internet pour empêcher les manifestants de partager des photos et messages ayant rapport avec la marche.

Internet coupé pour un temps.

Depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux, les internautes tchadiens assimilent la marche du 25 janvier à une révolution éclatante, au jour de la libération du Tchad, etc. Poèmes, vidéos et post font tous référence à la fin de 27 ans de règne sans partage du président.

africa mama
Dessin : Adjim Danngar

Ce matin vers 7h30, la connexion internet est coupée. Plus aucun signe de vie des internautes tchadiens sur Facebook. Cependant, certains réussissent à se connecter à internet grâce aux opérateurs camerounais.

Selon un ami, la connexion internet est rétablie depuis 11 heures.

Selon quelques tweets, les patrouilles de polices sont fréquentes et des  arrestations ont eu lieu.

Annadjib


La version française et l’animation japonaise

Si vous avez l’habitude de visionner des films, séries ou animes en Streaming, les sigles VO, VF, et VOSTFR n’ont plus aucun secret pour vous.

Capture d’écran Mob Psycho 100.

La VF ou version française a toujours été présente dans le monde de l’animation. Les premières chaînes diffusant les animes l’ont fait en version française, à quelques exceptions près. Au début de la diffusion d’animations japonaises dans le monde, il fallait faire appel à des doubleurs pour adapter les séries au public cible, principalement constitué d’enfants et d’adolescents. Ce fut un succès, car rien de mieux que de présenter une série dans la langue que l’audience en question comprend.

C’est ainsi que la plupart d’entre nous, habitants des pays francophones, avons connu les chefs d’œuvres de l’animation Japonaise dont Evangelion, Dragon Ball, Albator, Lady Oscar, Ranma ½… À travers des chaines comme TF1, AB1, La chaine Mangas, Canal+ etc. Et tout ça, bien évidemment en version française.

Puis arrivèrent en force les versions sous titrés.

L’arrivée en force des VOSTFR

Les chaînes de japanimes proposent rarement du neuf. A défaut d’acquérir de nouvelles licences, la plupart du temps, elles n’ont fait que rediffuser d’anciens animes. Cela a très vite finit par lasser leurs vieux téléspectateurs.

Mais la démocratisation d’internet a permis aux amateurs d’animation japonaise de regarder toujours plus de nouveautés. Les sites de streaming dédiés, appelés Fansub, sont apparut et se sont multipliés. Ces sites, pour la plupart, sont créés et gérés par des communautés de fan. Ceux-ci traduisent eux même des animes qu’ils récupèrent sur les sites et chaînes japonaises de manière pas très légale pour les mettre à la disposition du plus grand nombre. Certains fansubs en profitent pour se faire de l’argent avec la publicité. C’est ainsi que les épisodes des nouveaux animes arrivent, sont traduits et mis à disposition seulement quelques heures après leur diffusion au Japon.

Les animes sous-titrés se sont donc très vite par propagées et sont devenues aujourd’hui des références.

One piece

Les fans ont ainsi découvert la langue japonaise, avec toutes ses subtilités. Une subtilité à mainte reprise bafouée par la version française, la plupart du temps très littérale, ou bien censurée. Les propos et images jugés inappropriés étaient modifiés par les studios. Par ailleurs, ceux-ci pouvaient avoir de très petites équipes de doubleurs, pas plus de 5 à 6 personnes. Cela donnait des résultats comme celui de Ken le survivant ou de Nicky Larson, où un seul doubleur faisait la voix de plusieurs personnages – surtout celles des méchants.

Aujourd’hui, à observer la réaction des plus jeunes sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, on observe que la version française est de plus en plus détestée par les plus jeunes. Ceux-ci peuvent aller jusqu’à les qualifier de « merde », réactions parfois sensées, parfois pas plus étayées que celles de moutons de panurge.

La version française, ce n’est pas que des ratés

Il y a pleins d’animes qui sont pas mal, voire excellent, en version française. Great Teacher Onizuka, Dragon Ball, Saint Seiya, Albator en sont de bon exemples.

Éric Legrand. Le doubleur de Vegeta et de Seiya.
Éric Legrand.

Des doubleurs comme Éric Legrand sont même de véritables légendes.

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Mais tout est une question de point de vue

Mob Psycho 100.

En fait ça dépend. Quelqu’un qui passe de la version française à la version sous-titrée aura plus de respect pour la version française que quelqu’un qui passe de la version sous-titrée à la version française.

Mais bon, comme il y a toujours un côté fanatique chez les otakus, ils leur arrive d’en faire trop.

Mob Psycho 100.

Annadjib