Au Tchad, internet est toujours une menace

Crédit photo : Issouf Sanogo AFP

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On ne le dira jamais assez, au Tchad la connexion Internet est l’une des plus chères du continent africain. Un pays où le taux de pénétration d’Internet est de 5 %, soit le plus bas de tout le continent, avec environ 250.000 utilisateurs des réseaux sociaux seulement, pour une population de plus de 15 millions d’habitants. Malgré ces chiffres ridicules, alarmants, voire tristes, les autorités tchadiennes n’ont pas hésité à restreindre l’accès à Internet depuis bientôt 7 mois, et ce sans aucune explication. Pour eux internet est comme une menace.

Dénonciations et plaintes

Comme lors de chaque censure internet, les dénonciations n’ont pas manqué. Les articles, interviews télé, interventions à la radio, conférences de presse de la société civile, hashtags et révélations sur l’étendue de la censure se sont multipliés… Mais les autorités tchadiennes ont continué de faire la sourde oreille. Jusqu’en septembre, où les deux principaux opérateurs mobiles se sont présentés devant le juge, suite à une plainte déposée par des avocats tchadiens.

Lors de la 1ère audience, les avocats des opérateurs ont expliqué qu’ils étaient soumis à l’État. Ils ont signé un cahier des charges qui stipule qu’ils doivent « coopérer avec les hautes autorités et au besoin restreindre le réseau ».

Suite à cette déclaration, l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes du Tchad a été convoquée pour s’expliquer sur la censure. Puis, le jeudi 4 octobre 2018, le président du tribunal de grande instance de N’Djamena a rejeté la demande des avocats car il estime que la requête est recevable dans la forme mais mal fondée. Les avocats, déçus de la décision, ont prévu de faire appel. Mais pour les internautes tchadiens, il n’ y a pas grand espoir. Le Tchad n’est pas un pays comme le Bénin, où la mobilisation des internautes peut faire reculer les autorités. Ici internet est, et restera toujours, une menace.

Méfiance des autorités vis à vis d’internet

Les autorités tchadiennes ont toujours vu internet d’un mauvais œil. Les réseaux sociaux sont devenus le lieu de refuge de différents médias, d’activistes et d’organisations de la société civile qui utilisent ces nouveaux canaux pour diffuser des informations sans filtre, pour mobiliser ou faire des appels à manifestations. Et ça, les autorités le digèrent mal. Il faut rappeler que, selon le classement d’Internet Sans Frontière sur la liberté de presse en 2018, le Tchad est en zone rouge et occupe la 123ème position.

Carte Liberte Presse


Crédit image : RSF

C’est dans ce contexte qu’entre 2016 et 2018, il y a eu près de 4 censures de la connexion internet avec des délais allant jusqu’à 235 jours. La coupure étant devenue le seul moyen de museler tout ce beau monde. Et même si l’accès internet est désormais un droit fondamental, les autorités tchadiennes continueront sur leur lancée tant qu’ils ne comprendront pas qu’internet est une opportunité pour tout le monde. Et surtout pour eux, car la plupart des fausses informations qui circulent sur la toile sont causées par leur manque de communication sur internet.

Annadjib

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