L’internaute tchadien à l’épreuve des fake news

Fake news Photo : Annadjib Ramadane

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Le 17 juin est apparu sur mon fil d’actualité Facebook une vidéo montrant une femme en culotte se faire poignarder jusqu’à la mort part deux individus. Selon la description de la vidéo, il s’agit d’une Tchadienne qui travaillait comme domestique au Koweït. Après avoir laissé par inadvertance l’enfant de ses employeurs tomber du haut d’un balcon, ses employeurs l’auraient froidement assassiné. D’où la fameuse vidéo.

Un célèbre site web tchadien, le premier à avoir partagé la vidéo, a même mis sur son site trois messages audio, dans lesquels on entend des femmes tchadiennes affirmer connaitre la victime (elles ont mentionné son nom) et dire que la représentation diplomatique tchadienne au Koweït est au courant de l’affaire, mais n’en a rien à faire.

Capture d'écran du site web tchadien qui a relayé la vidéo.

Capture d’écran du site web tchadien qui a relayé la vidéo.

L’habitude : s’indigner avant de vérifier la source de l’information

Avant tout, il est normal qu’une vidéo de ce genre puisse choquer. Mais il faut aussi savoir que les histoires de domestiques qui se font assassiner dans les pays du golfe sont monnaie courante et dans les réseaux sociaux, la plupart du temps, des vidéos et photos circulent sans que l’on puisse trouver leurs origines.

Alors on a tendance à très vite s’indigner et à partager sans même avoir vérifié si l’information en question est vrai. Dans le cas de notre vidéo, beaucoup d’internautes tchadiens n’ont pas hésité à faire circuler la vidéo en jouant les indignés et en maudissant le Koweït. Et vu que la vidéo en question était accompagnée de messages audio, certains internautes téméraires n’ont pas hésité à faire des lives Facebook et à interpeller le gouvernement tchadien.

Alors qu’en réalité, il le ne s’agit pas d’une Tchadienne sur la vidéo et ceux qui ont écouté avec attention les messages audio peuvent facilement deviner qu’il ne s’agit que de suppositions.

Le bon réflexe : toujours vérifier la source de l’information et dans le doute s’abstenir de partager

Mon premier réflexe en regardant la vidéo était de vérifier si elle ne comportait aucun montage et s’il s’agissait vraiment d’une Tchadienne. Car dans ce genre de vidéos, les internautes de n’importe quel autre pays où les femmes vont travailler au Koweït peuvent affirmer qu’il s’agit d’une de leurs compatriotes.

Pour faire mon travail de vérification, j’ai d’abord utilisé la barre de recherche Facebook en utilisant les mots clés suivant : « Koweït – assassinée – domestique ». Résultat, je suis tombé sur une vidéo d’un site d’information malgache qui date du 18 mars 2019 (soit près d’un mois avant son apparition au Tchad) qui montrait un extrait de la vidéo en affirmant qu’il s’agit d’une domestique de nationalité malgache tuée au Koweït.

Après cette trouvaille, j’ai utilisé InVid, un outil plus précis de vérification d’images et de vidéos. Les résultats d’inVid m’ont redirigé vers un site gore hébergé en Europe de l’est. On y trouve des vidéos d’assassinats, de tueries de viols et autres.  J’ai trouvé la vidéo que je cherchais à l’accueil du site. Elle datait du 12 juin 2019 et avait pour titre « Brazilská řezničina » ce qui veut dire « boucherie brésilienne ».

InVid extension

Capture d’écran InVid

Cette trouvaille capitale m’a permis d’ajouter sur mes mots clés de recherche le mot « Brésil » et de tomber jusqu’à un article d’un site brésilien qui date de 2017. Selon l’article, la femme en question serait une brésilienne assassinée suite à une histoire de gang. Sur ce, j’ai arrêté mes recherches.

En écrivant ce billet, je suis tombé sur une publication d’une page Facebook qui a aussi trouvé une source à la fameuse vidéo.

Tout ça pour dire qu’il faut toujours vérifier la source d’une information avant de la partager ou de la commenter. Car ça peut vous éviter d’énormes problèmes.

Annadjib.

 

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