​Je suis tchadien, la crise est une opportunité pour moi

La vache est maigre, les 16 mesures, serrez vos ceintures… sont les nouveaux slogans que les politiques scandent depuis un bon moment pour faire passer l’amère pilule de la crise économique. Une crise qui rend de plus en plus pessimiste sur l’avenir du pays et de ses citoyens, surtout ceux qui dépendent en grande partie de l’Etat. Plus précisément les fonctionnaires, les étudiants et ceux qui attendent toujours leur fameuse intégration à la fonction publique qui relève désormais plus du mythe que d’un futur proche.
Alors, plutôt que de rester prisonnier du pessimisme tchadien, entre mauvaise foi et orgueil démesuré, je préfère tout simplement relativiser et voir dans cette crise une opportunité pour moi.

La crise, une opportunité pour me remettre en question  

Avec la crise, je me suis rendu compte que tout l’hypothétique postulat par lequel je construisais mon futur était en fait, bancal, inadapté à mes aspirations. En fait, avais-je vraiment un rêve ?

Je croyais comme la majorité de ma génération que la fonction publique, était le seul débouché de toutes nos interminables études, qu’il n’y avait rien de mieux pour moi que sortir tôt de la maison et revenir le soir tout fier de dire ‘’je suis un fonctionnaire’’ 

Peut-être qu’à l’époque ou l’Etat tchadien était encore jeune, et avait besoin de l’aide de tous ses fils, être fonctionnaire était louable. Mais aujourd’hui, les fonctionnaires ne manquent pas, l’Etat n’arrive plus à virer les salaires et bientôt y’aura plus de candidats à la fonction publique que de fonctionnaires eux-mêmes.

Ce rêve était en fait biaisé et inadapté aux évolutions du monde dans lequel on vit. Quitte à rêver d’un avenir radieux, autant mettre la main et la patte et construire nous-même notre futur et laisser l’Etat en paix.

La crise, une opportunité pour moi d’entreprendre

Y’a quelques mois, je parlais de ceux qui ont choisis de rester chômeurs  et comme la crise ne résout rien, c’est mieux de s’inspirer du parcours de tous ceux qui ont réussis sans l’aide de l’Etat, ces self-made-man qui se sont construit un empire grâce à l’entreprenariat. Pourquoi ont-ils réussis et pas moi ?

L’entreprenariat au Tchad est encore méconnu et ce n’est pas les domaines ou entreprendre qui manquent. Sante, agriculture, numérique, alimentaire, éducation, vestimentaire etc. sont  des domaines encore quasiment inexploités. On se plaint constamment de notre misère, accusant l’Etat, pendant ce temps les marques de vêtements, des pâtisseries, des restaurants, des hôtels appartenant tous à des expatriés produisant du « made in Tchad » et se partagent sans grandes difficultés le marché.

On me dira qu’il est difficile d’entreprendre sans financement de l’Etat, mais ce n’est pas uniquement l’Etat qui finance les projets, chaque jour je tombe sur des appels à candidature de financement de projets de la part de divers organismes internationaux. Si l’on avait le cran d’oser et de proposer des projets viables, on gagnerait surement. En attendant, le peuple paresseux préfère attendre de l’aide.  

La crise, une opportunité pour moi de laisser l’Etat tranquille

Si l’Etat n’a plus rien, que gagne-t-on à le critiquer, à comparer jour et nuit notre situation à celles des pays  voisins ?

Je propose qu’on laisse tout simplement l’Etat dans son coin et que tout le monde mette la main à la pâte pour changer notre situation car un Etat ne se développe pas uniquement grâce aux gouvernants. 

En criminologie on dit « chaque société a les criminels qu’elle mérite »  Peut être qu’en réalité on est la cause et le remède de la crise.

Annadjib

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