Ma semaine à Abéché

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J’ai effectué une visite de courtoisie à Abéché, histoire de revoir ma famille et de m’occuper de certaines affaires plus ou moins importants. Abéché est la 4ème ville du Tchad en termes de population et la 3ème d’un point de vue économique. Depuis la fin de mon séjour universitaire, je savais bien que mon histoire avec cette ville n’était pas prête de se terminer. Abéché est à 900 km de N’Djaména, la capitale. Après une journée entière passée dans le bus, certaines choses m’ont frappé dès que j’ai posé mes pieds sur le sol.

Presque rien n’a changé

Il y a peu de différence entre Abéché et la ville que j’ai quitté, il y a déjà 18 mois : le même bitume impeccable, le même paysage, les rues qui se vident des 20 heures, les mêmes problèmes d’eau, d’électricité et, malheureusement, le même chômage qui affecte les jeunes de la ville.

Abéché a beau s’afficher comme la 3ème économie du pays, elle dépend essentiellement du commerce. L’artisanat y est présent mais ne génère pas beaucoup d’emplois. Les jeunes se débrouillent ici et là ou ils attendent simplement autour d’un carrefour leur intégration à la fonction publique.

La nouvelle Banque des États de l'Afrique centrale d'Abéché qui attend son inauguration

La nouvelle Banque des États de l’Afrique centrale d’Abéché, qui attend son inauguration

Mais entre chômage, crise et ennui, les jeunes s’occupent.

 

Les après-midi pétanque

La pétanque (ou « jeu de boule ») est l’un des sports les plus en vogues à Abéché.

Après midi pétanque

 

Dès 16 heures, étudiants, lycéens, militaires, cadres, et même quelques curieux, s’attroupent près de certains terrains de foot de la ville. Des équipes se forment et on assiste à des parties plus ou moins professionnelles, qui se terminent parfois par des disputes semblables à celles des confréries religieuses de la ville.

 

Des tensions religieuses

Du XVIIe siècle jusqu’au début du XXe siècle, Abéché a été la capitale du royaume du Ouaddaï, l’un des premiers royaumes à avoir embrassé l’islam, propagé à l’époque par les arabes venus du nord de l’Afrique. Les anciens d’Abéché ne jurent que par l’islamisme, le « vrai ».

Alors, dans une époque où naissent de plus en plus de confréries musulmanes (le prophète pbsl l’avait prédit), il est difficile de s’y retrouver et d’identifier le « vrai » islam. Les principales confréries à Abéché sont :

Les wahhabites : ils sont conservateurs et très rigoureux dans la pratique religieuse. Ils aiment arborer de très longues barbes. Certains aiment se moquer d’eux en disant qu’ils sont sponsorisés par le Qatar et l’Arabie Saoudite, parce qu’ils détiennent les plus belles mosquées.

Les tidjanites : ils forment la majorité et ont une profonde aversion pour les wahhabites, qu’ils considèrent comme des égarés.

Les tensions entre les deux écoles ont été exacerbées à l’occasion de la célébration de la naissance du prophète pbsl. Celle-ci fait polémique : les wahhabites affirment que c’est une innovation donc elle doit être interdite, tandis que les tidjanites en font toute une fête. La ville s’endort et se réveille sous les nasheeds* propagés par les hauts parleurs des mosquées tidjanites de la ville. Une fois, un vieux a débarqué dans une mosquée wahhabite pour reprocher à son fils de fréquenter les « égarés », la police a du intervenir pour calmer la situation.
Espérons qu’ils n’en viennent pas aux mains comme les paysans.

 

Des conflits ruraux

Les conflits ruraux sont monnaie courante, il y a quelques jours, des paysans se sont entretués pour des histoires de terres et de bétails, la situation a failli devenir une guerre inter-ethnique. L’armée a du intervenir pour calmer tout ce beau monde.

Entre les conflits religieux et ruraux, il y a un point sur lequel tout le monde est d’accord.

 

De plus en plus de célibataires.

À Abéché, il y a environ 5 fois plus de femmes que d’hommes. Pourtant, le taux de célibataires n’a jamais été aussi élevé, alors que dans la région rien n’est plus facile que se marier.

Le chômage, la crise et la dot dissuadent les célibataires.

Les temps sont durs, alors rassembler la dot devient de plus en plus difficile. C’est ainsi que, dans un quartier de la ville, des hommes et femmes soucieux de l’avenir de leurs enfants ont décidé de « solder » les mariages. La dot, qui était au minimum de 500 000 FCFA et quelques grammes d’or, est passée à 250 000 FCFA et 1 gramme d’or, 10 personnes ont été déjà été sauvées du célibat.

Les prétendants sont tellement rares que les femmes ne se préoccupent plus de savoir s’il sont polygames ou non, c’est mariage ou rien. En parlant de mariage, il y a 3 ans, en plaisantant j’avais dit à une fille que je l’épouserais. Dès mon arrivée, ses sœurs ont commencé à m’appeler « beau frère », sa mère m’a dit que j’étais quelqu’un de bien. J’ai du m’éclipser. Bref, chacun pour soi, mariage pour tous !
Nasheed : chant religieux islamique.

Annadjib

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